Le Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon à Sérignan a dévoilé le samedi 9 février 2013 à 11h la nouvelle présentation de ses collections. Tous les ans, le musée renouvelle entièrement son accrochage pour proposer une nouvelle variation à partir de son fonds aujourd'hui constitué de plus de 400 œuvres. À partir des dernières acquisitions, un nouveau parcours est proposé aux visiteurs, refusant les rapprochements traditionnels mais proposant plutôt de nouveaux dialogues entre les œuvres, des « rencontres » entre des artistes de générations différentes.
Depuis sa régionalisation en 2010, le musée a renforcé sa politique d’acquisitions. Cette année, c'est un achat exceptionnel qui est réalisé : l’œuvre majeure de Daniel Buren, La Cabane éclatée aux caissons lumineux colorés. Cette œuvre emblématique, présentée dans les collections sous la forme d’un dépôt de l’artiste depuis l'ouverture du musée, est devenue incontournable pour les visiteurs. Après une restauration, elle regagne définitivement les murs du musée avec ce nouvel accrochage. Cette année est aussi marquée par la première donation privée au musée. Catherine Hommais, en hommage à son mari Jean, va transmettre une partie de leur collection sur plusieurs années, en particulier des œuvres d'artistes du groupe Supports / Surfaces comme Daniel Dezeuze, Claude Viallat ou Bernard Pagès. La majeure partie de cette collection est exposée dans ce nouvel accrochage.
Vernissage le samedi 29 juin 2013 à 18h30
Commissariat : Hélène Audiffren
Des passages d’un monde à l’autre, des changements d’échelles, l’énigme ou l'évidence, l’ouverture et la fermeture sont à l’œuvre dans l'exposition « Entre-deux ». Ce parcours d'exposition nous offre une étrange vision où l'invisible revêt une forme tangible, le vide se matérialise, le temps semble en suspension. Des espaces sont révélés par de simples gestes, d'autres paraissent flotter entre fiction et réalité, des portes s’entrouvrent sur des dimensions insoupçonnées, pour opérer un léger décollement du réel. C'est une invitation à regarder, inspecter, expérimenter où il faut se laisser glisser dans de légers interstices.
Peter Downsbrough, artiste de la simplicité et du dénuement, structure l'espace en créant des volumes discrets mais clairement visibles à l'aide d'un vocabulaire plastique épuré, constitué de figures géométriques simples, de lignes et de mots. Il réalise une intervention dès l'entrée du musée, à travers la librairie et le long du grand couloir, pour nous guider dans l'espace d'exposition. Son processus de coupure optique, de recadrage du champ visuel, nous suggère une nouvelle appréhension de l'espace. Les mots dispersés, des allocutions (encore, là, et, vers, as, but, and...), invitent à chercher au-delà du champ visuel. Son intervention révèle un intervalle ouvert qui se modifie en fonction des points de vue, parle de place, de placement et de déplacement.
Les peintures de Farah Atassi figurent des intérieurs, pauvres et désertés, structurés par des lignes géométriques – dortoir, salle d'attente, cuisine, salle de bain, atelier...- les plus récentes sont réduites à une mosaïque de petits carreaux recevant des constructions à l'échelle indécise, entre jouets d'enfants et architecture moderniste. Ces tableaux de grands formats, sans présence humaine, génèrent une incertitude. Le regard est éprouvé devant ces espaces clos dans lesquels les plans semblent se replier, les perspectives se perdent, les distances restent indéfinies mais où les strates et repentirs sont laissés visibles. Ce qui est montré semble constituer les derniers vestiges d’une réalité tangible avant que l’ordre des choses ne soit définitivement rompu.
Chacune des œuvres de Dan Graham implique la participation du spectateur pour remettre en question tous les codes qui seraient perçus comme des stéréotypes. Avec l'installation Two viewing rooms, la vidéo devient un outil pour questionner les mécanismes de la perception et le rôle du spectateur dans l’art et la société. Les pavillons de Graham sont des structures hybrides et fonctionnelles, conçues comme des sculptures et des espaces autonomes, des situations à investir. Triangle Pavilion se compose de trois parois, à la fois vitre et miroir, formant un triangle avec une porte coulissante qui laisse entrer le spectateur : l’œuvre propose une expérience esthétique qui joue des reflets, de la réflexion de la lumière et de la démultiplication des espaces. Ces œuvres obligent le spectateur à prendre position : il est tour à tour et simultanément celui qui voit et celui qui est vu.
L’œuvre singulière de Tatiana Trouvé se joue du temps et de l’espace. L'artiste condense et rassemble plusieurs temporalités : celle de la visite de l'exposition, celle de l'exposition elle-même, et celle du souvenir du spectateur. Le temps qui passe prend le spectateur en tenaille et le retient, prisonnier volontaire et fasciné. Elle installe une de ces structures de format réduit qu'elle nomme Polders, maquettes de souvenirs de lieux et d'instants déjà en partie oubliés. Cette installation d'éléments de mobiliers, de structures et d'objets divers, forme une sorte d'îlot refermé sur lui-même en attente d'une improbable visite. L'artiste nous laisse à la porte, nous interdit une pénétration physique de l’œuvre pour nous inviter à y projeter nos souvenirs. À travers la question de l'espace et de sa réduction, elle interroge la distance spatiale mais aussi temporelle. Elle s'intéresse à ce qui serait une mémoire des objets et des lieux, qui déforme la réalité, qui l'amplifie ou la réduit.
Intervenant sur des bâtiments en instance de démolition, Gordon Matta-Clark les sculpte par des percées et des découpes révélant la complexité des espaces internes et la structure des éléments. L’architecture change alors de fonction pour devenir sculpture. À l’encontre des sculpteurs qui remplissent l’espace, il rend la beauté de l’espace visible en l’exhibant et en le reliant à l’extérieur. Trois films qui documentent des interventions sont projetés : Spiltting, l'une des plus célèbres coupes de l'artiste d'une maison de bois en son milieu ; Sous-sol de Paris où il explore le monde souterrain parisien et Bingo/Ninths, dans laquelle il sépare la façade d'une maison en neuf morceaux.
Le travail d’Alexandra Leykauf se situe au croisement de la photographie et du cinéma, de l’histoire de l’architecture moderne et de l’esthétique des ruines. Elle décontextualise des images, les manipule, les réagence pour établir des relations entre des espaces-temps distincts, produire une nouvelle réalité où les espaces, toujours identifiables, sont rendus imaginaires. Par le jeu de l’illusion, les œuvres de l’artiste parviennent à troubler le spectateur, l’interrogeant sur sa perception.
Commissariat : Hélène Audiffren
Sculpteur, photographe et vidéaste, Raphaël Zarka dépeint l’image d’un artiste à la fois collectionneur, sociologue et archéologue, traquant l’intemporel et nous rappellant que l’art invente peu et apprend surtout à regarder. Décrivant un univers comme un immense cabinet de curiosités, la récurrence des formes dans la culture et l’histoire de l’art occidental reste le point central de sa réflexion.