Le Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon à Sérignan a dévoilé le samedi 9 février 2013 à 11h la nouvelle présentation de ses collections. Tous les ans, le musée renouvelle entièrement son accrochage pour proposer une nouvelle variation à partir de son fonds aujourd'hui constitué de plus de 400 œuvres. À partir des dernières acquisitions, un nouveau parcours est proposé aux visiteurs, refusant les rapprochements traditionnels mais proposant plutôt de nouveaux dialogues entre les œuvres, des « rencontres » entre des artistes de générations différentes.
Depuis sa régionalisation en 2010, le musée a renforcé sa politique d’acquisitions. Cette année, c'est un achat exceptionnel qui est réalisé : l’œuvre majeure de Daniel Buren, La Cabane éclatée aux caissons lumineux colorés. Cette œuvre emblématique, présentée dans les collections sous la forme d’un dépôt de l’artiste depuis l'ouverture du musée, est devenue incontournable pour les visiteurs. Après une restauration, elle regagne définitivement les murs du musée avec ce nouvel accrochage. Cette année est aussi marquée par la première donation privée au musée. Catherine Hommais, en hommage à son mari Jean, va transmettre une partie de leur collection sur plusieurs années, en particulier des œuvres d'artistes du groupe Supports / Surfaces comme Daniel Dezeuze, Claude Viallat ou Bernard Pagès. La majeure partie de cette collection est exposée dans ce nouvel accrochage.
Depuis plus de quarante ans, Olivier Mosset poursuit une recherche sur le devenir de la peinture à travers l'abstraction géométrique et le monochrome. Connu en France pour avoir fait partie du fameux épisode de BMPT qui appartient désormais à l'histoire, aux côtés de Daniel Buren, Niele Toroni et Michel Parmentier, il est l'un des seuls peintres européens à être associé tour à tour au contexte artistique et critique français, suisse mais aussi à celui de la peinture américaine. Vivant depuis 1977 entre les deux continents, il a participé aux mouvances de la « Radical Painting » et du « Néo-géo ».
L’exposition consacrée à Olivier Mosset à Sérignan est le projet « solo » le plus important que le musée ait proposé à un artiste. Au rez-de-chaussée, un ensemble de onze toiles, de grand format, recouvertes chacune d’une couleur différente sont installées comme une grande variation colorée. Ces peintures, réalisées par d'autres, des « fakes », ou considérées comme « ratées » destinées à disparaître, des « failures », sont finalement conservées. Elles seront peut-être authentifiées par l’artiste à l’occasion de l’exposition, poursuivant ainsi son questionnement autour des notions de signature et d'auteur. Des cimaises se succèdent, manipulées jusqu'à la neutralité et transformées en sculptures monumentales, qui semblent être en attente de peintures absentes.
À l'étage, est présentée une rétrospective de ses peintures murales : un grand mur monochrome jaune, un mur d’aluminium clin d’œil aux murs de la Factory de Warhol, une autre reprenant un motif trouvé au Cuartel de Zapata au Mexique, enfin un mural inversé gris et blanc. Une toile blanche portant en son centre un cercle de noir de 1970, est installée en regard des muraux. À leurs côtés, une série de monochromes blancs et un ensemble de monochromes noirs, réalisés à la peinture polyuréthane, sont installés en écho. Les surfaces, d’une grande sensualité, absorbent ou répercutent la lumière selon la position du regardeur ou l’heure de la journée. Une série de shaped canvases, des croix et des cercles déclinés en blanc et bleu comme des « X » et des « O », reprennent le xoxo (signature de « bisous » à l'américaine). Ils évoquent les expérimentations de Frank Stella mais, avec Olivier Mosset, la toile n’est pas déterminée par une sorte de géométrie sensible mais par l’emprunt de formes toutes faites. Ils sont comme une critique du format traditionnel rectangulaire du tableau.
Le film « Fun and Games for everyone », diffusé dans la salle vidéo, met en scène la première exposition personnelle de l'artiste à Paris en 1968.
Enfin, une rétrospective de ses éditions est présentée dans le cabinet d'arts graphiques. Pour la première fois réunies, elles rendent compte de ses nombreuses collaborations avec des éditeurs comme Eric Linard, la galerie Tripe V, des multiples, l'atelier Reynald Metraux, Hard Hat Genève, Three Star Books, les éditions ITEM/IDEM et END, ainsi que de ses intérêts en dehors du tableau : des expérimentations de couleurs et de formes, les motos customisées, les tatouages, des images liées à son histoire personnelle.
Cette exposition va résonner durant tout l’été en Languedoc-Roussillon : coïncidence heureuse, Olivier Mosset est aussi invité cet été par Patrick des Gachons au château de Fraïssé. À Cerbère, dans le cadre de l'opération programmée par Shandynamiques, sous la direction artistique de Karine Vonna Zürcher, il proposera un travail spécifique pour le passage souterrain de la Gare Internationale. Enfin, Mosset sera à Mosset, petit village dans les Pyrénées-Orientales où il investira la chapelle.
Le Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon à Sérignan, dans le cadre de ses missions de démocratisation de la culture, permet au plus grand nombre de découvrir l’art d’aujourd’hui grâce à des actions d’initiation et de sensibilisation à l'art contemporain. Il propose des activités adaptées à tous les publics et en particulier à ceux qui ne peuvent avoir accès à la culture ou en sont éloignés en raison de leur situation, soit liée à la maladie, soit à l'isolement ou à l'enfermement comme les personnes incarcérées.
Depuis deux ans, le musée a initié des actions avec le centre pénitentiaire de Béziers dans le cadre du programme « Culture-Justice ». Des visites au musée pour les détenus bénéficiant de permissions de sortie et l'intervention d'artistes ont été mises en place. En 2011, deux artistes, Nicolas Daubanes et Pablo Garcia, ont réalisé des ateliers avec les détenus qui ont donné lieu à une édition. En 2012, Nicolas Daubanes est intervenu à nouveau.
En février 2013, l'artiste Reno Leplat-Torti a proposé aux détenus un atelier de création de paños, tradition carcérale de dessins sur mouchoirs destinés aux proches des prisonniers. En adaptant et traduisant les codes conçus par les détenus américains, les détenus du centre pénitentiaire de Béziers ont réalisé leurs propres mouchoirs. Le musée à Sérignan présente l'exposition de ces mouchoirs en écho de la collection de Reno Leplat-Torti qui compte plus de deux cents paños. Un ouvrage, édité par le musée, accompagnera l'exposition.
Reno Leplat-Torti, né en 1984 à Marseille, est artiste sérigraphe, graphiste, auteur de comics, réalisateur de documentaires, collectionneur. Issu du graphzine, il intègre l'École des Beaux-Arts de Nîmes où il fonde la maison d'éditions Nunu. Il y a cinq ans, en glanant sur internet des petits objets fabriqués en prison, il découvre l'art des paños. Frappé par la puissance à la fois du sujet et de la forme, il prend contact avec des familles de détenus américains et possède aujourd'hui une importante collection présentée dans de nombreuses galeries en Europe. Il prépare actuellement un film documentaire sur le sujet.
L’art du paño, diminutif de pañuelo (“mouchoir” en espagnol), art populaire marginal, est apparu pendant les années quarante dans les prisons du Texas, de Californie et du Nouveau-Mexique. Certains amateurs estiment que leur origine remonte au système pénitentiaire français mis en place au Mexique après la révolution de 1910. Les détenus, d'origine généralement hispaniques, illettrés pour la plupart, inventent leur propre système de communication avec l’extérieur. Sur de simples mouchoirs réglementaires attribués par l’administration pénitentiaire, ils dessinent à la plume avec de l’encre récupérée, de la cire ou du café. Par la suite, dans les états du sud-ouest des États-Unis cette pratique devient une sorte d’art traditionnel carcéral et se répand dans le reste du pays.
Les inspirations de la culture chicana est très présente : les évocations catholiques ou de la « vida loca » sont associées aux symboles de la prison et de l'amour dans tous ses états. Ces différentes iconographies se retrouvent également dans les tatouages chicanos et les peintures murales.
Les paños envoyés aux enfants convoquent le répertoire d'images apprécié des petits : des Mickeys, des peluches, des oursons.
Malgré la précarité des moyens de réalisation, tels des objets transitionnels, ils rassurent et créent du lien au-delà des barreaux, une façon de s'adresser à la famille, ou aux membres du gang... Ces paños apparaissent telles des pages arrachées de journaux intimes cathartiques avouant sentiments, émotions, pensées et rêves dissimulés, témoins de leur vie en captivité à travers une grande force esthétique. Une richesse d'expression visuelle se dégage de ces mouchoirs, une manière de transcender l'enfermement et l'isolement, le passage interminable du temps et l'ennui, la solitude de la sur-vie en prison où l'identité est matée. Des dessins sur toiles miniatures, plus forts que les mots pour recouvrer humanité et dignité.
Le mardi 7 mai 2013 à 16h, une rencontre est organisée avec Reno Leplat-Torti. La discussion sera suivie de la présentation de l'édition réalisée dans le cadre de l'exposition.
Commissariat : Hélène Audiffren
Cette exposition collective regroupe plusieurs artistes qui mettent en œuvre des projections mentales d’un lieu pour proposer au regardeur des espaces mystérieux où le temps semble en suspension.
Commissariat : Hélène Audiffren
Sculpteur, photographe et vidéaste, Raphaël Zarka dépeint l’image d’un artiste à la fois collectionneur, sociologue et archéologue, traquant l’intemporel il nous rappelle que l’art invente peu et apprend surtout à regarder. Décrivant un univers comme un immense cabinet de curiosités, la récurrence des formes dans la culture et l’histoire de l’art occidental reste le point central de sa réflexion.Commissariat : Hélène Audiffren