Artistes issus de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier Agglomération, de l’École supérieure des Beaux-Arts de Nîmes et de la Haute École d’Art de Perpignan.
Une fois par an, le Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon réunit des artistes issus des écoles d’art du Languedoc-Roussillon. Il affirme avec cette exposition sa volonté de défendre la jeune création formée et issue de sa région et sur son territoire.
Ce temps fort proposé au public, composant avec tous les registres de la création actuelle – peinture, dessin, sculpture, installation, vidéo – est une mine de prospection pour les professionnels de l’art et de découverte pour le grand public.
Camille Abbé Sonnet
Né en 1985 à Montpellier – Vit et travaille à Montpellier.
La travail de Camille Abbé Sonnet se situe entre mythologie personnelle et invention d’un nouveau personnage, pur produit de son époque. Que ce soit en passant par des autoportraits fantasmés, dans lesquels il se met en scène avec de véritables icônes, ou par la monstration de dessins fictionnalisant son futur passé d’artiste accompli, il crée un autre moi, un moi charismatique et ambitieux, pervers et classe, drôle et agaçant, qui donne à son véritable statut, une ambiguïté attractive. Son travail se situe aux frontières de la réalité et de ce que l’on appellera le « virtuel ».
Patxi Bergé
Né en 1988 à Bayonne – Vit et travaille à Dresde (Allemagne).
Patxi Bergé produit principalement des déplacements. Dans un souci permanent du contexte, il inscrit ses projets, à plus ou moins grande échelle, avec l’idée d’expérience. Dans ces conditions, il maintient toujours un regard, une attention au réel, et ce que cette attention peut produire comme écart.
Noé Grenier
Né en 1987 à Saint Dalmas le Selvage – Vit et travaille à Montpellier et Bruxelles.
Dans sa recherche, Noé Grenier a engagé une pratique liée à la réappropriation d’images préexistantes, au travers du médium vidéographique et photographique. En concevant un lien entre leur statut et l’action qu’il y porte, il propose au spectateur une relecture spécifique des mécanismes du montage ainsi qu’une interprétation plus vaste des images iconiques. Son action sur la scène n’est pas un remontage afin de dire autre chose mais une duplication, ainsi l’image originale reste intacte mais se voit perturbée ou complétée par elle-même. Il choisit des séquences pour le caractère indissociable d’un plan vis à vis du suivant, et propose d’étirer ce moment du montage en le dupliquant dans un temps décalé, vers une lecture simultanée du même espace dans une combinaison associée à la musique.
Yunsheng He
Né en 1981 à Canton (Chine) – Vit et travaille à Perpignan.
Le film animé de Yunsheng He se déroule dans un endroit appelé « UTOPIA ». Il est connu sous le nom du bonheur et c’est un monde où l’on peut être respecté grâce à la moralité. Le film décrit le parcours de l’un de ses habitants qui utilise ses « compétences » et ses « intelligences » pour y vivre.
Charlette Knoll
Née en 1975 à Lourdes – Vit et travaille à Montpellier.
Charlette Knoll a vécu six ans au Chili. Etrangère dans un pays qui tremble, géologiquement et socialement, elle s’est mise à regarder ses pieds en marchant pour éviter les trous. Cet épisode remonte incessamment à la surface de son travail, comme les pierres remontent incessamment à la surface du sol, du fait de la gravité. Aujourd’hui, elle a conservé ce regard étranger sur son environnement. Elle est attentive aux événements fortuits qui perturbent la mécanique de nos gestes et de notre jugement. Elle met en scène des accidents, des « tremblements de terre domestiques », à partir d’usages sociaux. Ils sont des alternatives joyeuses et ludiques aux valeurs affirmées de sécurité, de compétence et de performance.
Nicolas Kozerawski
Né en 1977 à Paris – Vit et travaille à Montpellier et Bruxelles.
Le point de vue est l’endroit d’où l’on se place pour regarder ou observer quelque chose. Notre manière de voir est assujettie à une disposition à la fois physique et mentale qui conditionne notre lecture et notre interprétation. Il est donc possible de changer notre regard sur les choses. Ce constat simple est un élément déterminant dans le travail de Nicolas Kozerawski. Le rapport entre le volume et le corps, l’attitude du spectateur face à l’œuvre, le travail entre l’espace, l’architecture et l’objet lui permettent de placer sa recherche au point de basculement entre l’objet fonctionnel et l’œuvre d’art.
Cyndie Olivares
Née en 1987 à Narbonne – Vit et travaille à Nîmes.
Les assemblages de Cyndie Olivares résultent de la manipulation d’objets simples, empruntés au quotidien. Il porte son attention sur leurs propriétés physiques, leurs capacités techniques et leurs statuts, pour former des assemblages étranges. Elle utilise des objets domestiques familiers, le plus souvent dérisoires, pour proposer un questionnement sur la valeur des choses et le statut de l’œuvre d’art. Les processus de manipulation entraînent la perte de la nature de l’objet initial pour aboutir à un ensemble original et énigmatique au caractère sculptural.
Hao Min Yang
Né en 1981 dans la Province de Guang Xi (Chine) – Vit et travaille à Nîmes.
Hao Min Yang, dans ses vidéos et installations, souligne la relation entre le macro-monde et le micro-monde. Le micro-monde, symbolisé par la société de l’homme, est subordonné au macro-monde, zones en dehors du monde humain, qui le subordonne et le contrôle. Il analyse les différences des racines culturelles de l’Occident et de l’Orient, pour souligner la place accordée à l’être humain par rapport à l’univers.
Ou le décollement du réel
Sept grandes peintures/écrans, calées exactement entre sol et poutres, et reprenant les proportions de deux cimaises mobiles appartenant au dispositif ordinaire de la grande salle d’exposition du Musée régional d'art contemporain à Sérignan, scandent l’espace en rangées parallèles tout en le ponctuant de façon aléatoire. Sur les écrans, des rectangles peints « à fond perdu » s’enfoncent dans le sol, prolongés par leur propre reflet. Sur les murs et sur les cimaises mobiles, le même tropisme propulse vers le bas d’autres rectangles peints qui, pareillement, trouvent une continuité virtuelle au-dessous d’eux. Cécile Bart avait remarqué lors de sa première visite que la projection lumineuse des vasistas sur les murs venait se refléter sur le sol brillant, et que ce reflet en constituait comme un prolongement vertical. Elle a « augmenté » cet effet, l’a transformé en dispositif. Elle a procédé comme le ferait une chambre d’amplification, en dédoublant l’espace, en le peuplant et en l’habitant de formes spectrales, d’ombres et reflets incertains de rectangles peints, d’êtres géométriques simples et frustes, semi-transparents ou opaques selon qu’ils tombent des écrans ou des murs.
L’Hypothèse verticale, par l’utilisation qui est faite de figures que notre regard poursuit hors champ, prolonge une investigation entamée à l’Espace de l’Art Concret, à Mouans-Sartoux, en 2010, avec L’Hypothèse du fond perdu. Le même principe d’un jeu environnemental, jouant jusqu’au vertige du passage du mur à l’écran, de l’inversion du positif au négatif et des duplications en miroir, est à l’œuvre. Mais l’essentiel fonctionne cette fois dans ce rapport vertical, où chaque forme surplombe son reflet et vient s’y perdre dans sa chute.
Ce rapport au sol avait été joué dans la grande installation Suspens, en 2009, au Frac de Bourgogne, à Dijon, où les peintures/écrans suspendues en tout sens dans l’espace, venaient effleurer le sol, telles les marionnettes sautillantes et dansantes de Kleist. Suspens était vivement coloré, comme L’Hypothèse du fond perdu. L’Hypothèse verticale est tout en ombres et lumières. Désaturées, les couleurs y sont dans les bruns, les noirs chauds, les bleus et violets, les jaunes pâles et les gris clairs colorés. Des oppositions d’ombre et de lumière traduites en couleur. Des couleurs-valeurs. Une exposition en lumière naturelle, avec des couleurs entre chien et loup.
Dans la partie borgne de la grande salle, c’est une double projection de rectangles blancs qui « tombe » du mur à contre jour, et vient redoubler la danse fantomatique des formes peintes. Alors que Cécile Bart recherchait quelque peinture romantique propre à conforter son intuition première du reflet vertical – les sombres montagnes enneigées plongeant dans les eaux noires des lacs alpestres ne manquent certes pas – elle s’est d’abord souvenu de Die Toteninsel d’Arnold Böcklin, plus précisément d’une version où la masse abrupte de l’Île des morts se reflète dans les eaux nocturnes de l’imagination du peintre.
Das Eismeer de Caspar David Friedrich a resurgi ensuite de son musée imaginaire. C’est qu’elle trouve aussi, dans l’image de la réverbération verticale amplifiée à Sérignan, un rapport d’immersion auquel les icebergs de Friedrich donnent une résonance fantastique : car non seulement les rectangles peints se reflètent dans le sol, mais il semblent s’y noyer, tant leur forme y rencontre leur propre dissolution. Et de remarquer ironiquement que « les tableaux ne savent pas nager » ! La peinture aurait en quelque sorte la hantise de son propre naufrage ; elle le mettrait en scène. L’iceberg vient ici curieusement resémantiser un dispositif qui pouvait passer pour purement abstrait. Davantage que simple image d’un rapport spatial, il fonctionne comme la métaphore de l’œuvre. « Ce que l’on voit n’est qu’une partie de ce qui est immergé » dit Cécile Bart, ajoutant que « l’exposition n’est que la partie visible de l’iceberg, la partie visible du travail en cours ».
Voici donc une exposition qui vient sombrer dans les eaux troubles de son sol réfléchissant. Cette image noyée, opacifiée, bougée et incertaine, redouble l’effet de brume propre aux peintures/écrans. Oxymore des écrans de Cécile Bart, dont la peinture – essuyée pour rouvrir la trame du Tergal « Plein Jour », après avoir été passée à larges coups de brosse – à la fois rend visible ce qui est derrière elle, et lui donne un grain qui le met à distance. Stratégie de l’écran qui fut explorée pour la première fois dans toute son ampleur dans les peintures sur papier huilé des boîtes optiques du XVIIIe siècle, dans les Diaphanoramas de Franz Niklaus König, dans L’Eidophusikon de Loutherburg, et dont l’application la plus spectaculaire fut, à partir de 1822, le Diorama de Daguerre et Bouton. « La magie de cet effet de lumière est vraiment extraordinaire et l’illusion est complète et enchanteresse » pouvait-on lire dans un commentaire de l’Effet de neige et de brume vue à travers une colonnade gothique, un diaporama de 1826. La maîtrise de la lumière zénithale, distillée devant ou derrière l’écran par des volets commandés depuis les coulisses concourut largement au succès des premiers diaporamas qui se passaient d’éclairage artificiel. C’est aussi cette même lumière du jour qui venait baigner les peintures circulaires des panoramas, une lumière dont la source était soigneusement masquée par un plafond en parapluie. Dioramas et panoramas durent ainsi leur réussite à l’effet de nappage lumineux qui faisait des peintures montrées des sortes d’apparitions magiques. Les peintures/écrans de Cécile Bart fonctionnent aussi comme des sortes de diffuseurs de lumière ; elles l’homogénéisent en la tramant finement. À ceci près que le paysage nappé de lumière, pris dans les rets de l’écran peint, est une portion de la réalité ambiante dont on pourra toujours ressentir la présence latérale. Pour contre-épreuve, on se rappellera que les dioramas de musées les plus réussis, ceux de l’American Museum of Natural History, à New York, doivent leur magie spectaculaire à leur lumière indirecte et à l’effacement des limites de la scène disposée en cyclo, rendant ainsi impossible toute retombée latérale de l’illusion .
Dans tous les panoramas – depuis le premier construit à Londres en 1794 pour Robert Baker, jusqu’aux nombreux qui suivirent un peu partout en Europe et ailleurs dans le monde, tout au long du XIXe siècle –, un long couloir obscur conduisait à la plateforme centrale et permettait de mettre le spectateur en condition. Perdant ses repères, il était immergé dans l’ambiance lumineuse d’un autre espace. Le spectateur des fantasmagories de Robertson dans l’ancien couvent des Capucines à Paris, de 1799 à 1802, était non moins préparé, psychologiquement et visuellement, avant de pénétrer dans la salle des projections, par le parcours obligatoire d’un dédale de couloirs éclairés par des torches. Dans les deux cas, la perte des repères visuels habituels concouraient à l’illusion. Chez Cécile Bart, il est indéniable qu’existent certains brouillages des distances ou estompes des contours, des dédoublements d’images, des bascules de repères, des déconstructions de l’espace d’exposition aussi, voire une recherche délibérée de l’ambiguïté spatiale, une hésitation récurrente entre le plan vertical du support de l’image et sa profondeur ; mais il est toujours possible de vérifier la matérialité des images, d’éprouver la dureté métallique des châssis en tournant autour, ou en mesurant leur tranchant réfléchissant ; car les effets visuels, pour être complexes, n’en ont pas moins lieu en lumière du jour.
En expérimentant les mécanismes de miroir, de lumière et d’ombre, de transparence et d’opacité des dispositifs visuels créés par Cécile Bart, on éprouve leur complexité. On mesure combien ils mettent en jeu un spectateur non plus jouet d’une illusion optique, comme pouvait l’être le spectateur des inventions de l’âge romantique qui viennent d’être évoquées, mais un agent, partie prenante d’une expérience où il peut ressentir en quelle façon il est pris dans le spectacle.
L’hypothèse verticale explorée à Sérignan n’est pas un seul jeu spatial. L’exploitation des qualités réfléchissantes du sol permet à l’artiste de doubler l’effet écran par l’effet miroir. Au mirage scénique du filtre frontal de l’écran s’ajoute celui du reflet en plongée. C’est ce reflet sur lequel insistent les trois écrans, disposés à l’horizontale et légèrement décollés du sol, présentés dans une seconde salle. Davantage qu’un reflet, on saisit ici comme un dédoublement des écrans qui perdent leur adhérence au sol, leur ancrage, leur pesanteur, pour décoller du réel et se dédoubler.
Cette installation fait le pont avec une troisième que Cécile Bart a conçue pour l’entrée. Là, elle a collé au mur des impressions photographiques de reflets, d’ombres, de filtres, de surfaces aquatiques ou encore de jeux de lumière dans des structures architecturales ; et elle les a mêlées à des peintures/collages, des peintures faites selon le même procédé mis en œuvre pour les peintures/écrans, (mais sans châssis et marouflée à même le mur). Peintures/collages et photographies, qui adhèrent ici au support comme une mince pellicule, comme une peau, ont un statut égalitaire, et sont comme des « équivalents ».
L’hypothèse verticale ne raconte pas la seule histoire bicéphale de l’écran et du reflet. Cette triple exposition est aussi une parabole sur l’image visuelle. Elle parcourt l’éventail qui va de l’image incarnée dans un support, à l’image qui s’en sépare pour faire croire à son être fantomatique. Car l’image a ce mode d’existence étrange qui la situe à la fois dans l’espace physique et tactile contre quoi l’on butte, et dans celui immatériel et impalpable des doubles qui flottent sans attache.
Christian Besson
Le Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon présente, du 17 septembre 2011 au 22 janvier 2012, un hommage à l’artiste Dado disparu en novembre dernier. Dado a définitivement marqué la ville de Sérignan où trois expositions ont été consacrées à son œuvre en 1993, 1999 et 2007 et où, surtout, il a résidé régulièrement de 1994 à 2002 pour réaliser une œuvre monumentale et magistrale au Domaine des Orpellières, inaugurée et ouverte au public en 1999.
Cette exposition au cabinet d’arts graphiques donnera à voir un ensemble d’œuvres sur papier depuis les dessins des années cinquante de l’ancienne collection Jernej Vilfan, présentés pour la première fois au public, de nombreuses gravures, technique à laquelle l’artiste s’est consacré de nombreuses années, jusqu’aux derniers dessins réalisés pour sa petite-fille Diotime en 2010. Dado, immense dessinateur, a toujours considéré ses dessins comme autonomes. Devant ses œuvres sur papier, on est saisi par sa virtuosité technique, la qualité du trait, la ligne sûre et appuyée, l’intensité des figures d’un seul trait car le dessin ne supporte aucune hésitation. On lit la naissance d’une forme jusqu’à son épanouissement. Le dessin s’engendre lui-même pour mettre en place un monde énigmatique peuplé de monstres étranges, de plantes exubérantes, d’hybridations anatomiques, de ruines, projections de rêves entre horreur et merveilleux. Cette aptitude virtuose le range dans la grande Histoire de l’Art, en successeur légitime de Dürer.
Une salle, dans les espaces dédiés aux collections du musée, est aussi entièrement consacrée à son œuvre peint de 1957 à 2005.
À l’occasion de cet hommage, une soirée de projections de films de Pascal Szidon sur l’artiste est organisée au Domaine des Orpellières le vendredi 16 septembre 2011 à 20h. Le site des Orpellières à Sérignan Plage, entre fleuve et mer, est un espace naturel exceptionnel, réserve naturelle pour la faune et la flore typiques des terrains salins. Au milieu de ce territoire, les bâtiments abandonnés d’une ancienne ferme viticole, le Domaine des Orpellières, ont été investis par Dado qui a recouvert les murs et piliers intérieurs d’immenses peintures murales aux couleurs vives et profondes, a accumulé des objets, fétiches de l’enfance. Les fresques, réalisées sur des tags anonymes, figurent des personnages monstrueux, corps mutilés et souffrants, des gueules béantes et yeux globuleux, des organes disséminés, des pantins gesticulant, des visages figés dans une vraisemblable douleur. Eparpillés dans l’espace, des voitures ossuaires, une collection de squelettes, des poupées démantibulées participent à cet univers d’une force créatrice incroyable. Débutée au moment de la guerre des Balkans, cette œuvre est un véritable manifeste qui dénonce l’horreur de la guerre. Dado a composé un « manuscrit ouvert » sur la violence du monde, une sorte de « Guernica en couleur ».
Suite à un dommage sur la toiture, le site est actuellement fermé au public. Un projet général de réhabilitation et de transformation de l’ensemble de la ferme viticole en « Centre d’interprétation Art et Environnement » est en cours de concrétisation. Grâce à la réunion de plusieurs partenaires, ce projet global sera l’occasion de pérenniser et restaurer cette œuvre majeure de l’artiste.
Ils sont tous là – remontés de la ténèbre intérieure de Dado et venus s’écraser sur les murs des Orpellières ou s’agglutiner en monceaux de sculptures hybrides et délirantes, les rompus, les torturés, les déchirés, les déchaînés, toute la lie de l’enfance, toute l’engeance des cauchemars. Ils grouillent et souillent. Si l’on s’abstrait des bruits ordinaires de la vie et si l’on prête l’oreille, par-delà le silence propre à la peinture, au colloque des formes, c’est un concert qui nous saisit, de hurlements, de gémissements, d’imprécations. L’âme serait soulagée si elle entendait sinon une parole du moins un rire. Mais ici les bouches ne sont tracées que pour le cri, de même que les yeux, quand ils ne sont pas vides, ne se signalent que par les larmes.
Aux Orpellières, pour une éternité aux dimensions de l’humain, l’exode des figures de la douleur et de la déréliction s’est arrêté. Les murs retiennent les monstres. Ils n’iront pas plus loin. En quelque sorte, les voilà sauvés – rescapés arrêtés dans la fureur et absous par la plus sombre et la plus tumultueuse beauté qui soit. Encore savons-nous bien que d’autres hordes dadomorphes se sont exilées de tous les malheurs de nos temps et se sont engouffrées dans d’autres refuges. Tant qu’il y aura Dado et tant qu’il y aura des murs, le peuple des saccages continuera de proliférer et ses essaims de saturer les lieux de repos jusqu’à la destruction du monde.
Claude Louis-Combet, 2006
Exposition réalisée grâce à la collaboration de Alain Controu, de Diotime, petite-fille de Dado, de la Galerie Jaeger Bucher, Paris, du L.A.C., Sigean et du site www.dado.fr
Le musée présente une exposition estivale au titre évocateur, clin d’œil à la situation du Musée régional d’art contemporain installé à seulement cinq minutes de la plage, réunissant des travaux d’artistes qui dialoguent autour de l’imagerie liée aux vacances et questionnent les clichés du soleil, de l’amour et du balnéaire. Depuis les paysages touristiques idéalisés aux détournements de l’iconographie sentimentale de bord de mer, en passant par des images kitch de couchers de soleil ou des horizons contemplatifs, l’exposition oscille entre représentation poétique et hédonisme vulgaire.
Suspendue dans les airs dès l’entrée du musée, la sculpture Inflatabowl de Laurent Perbos, conglomérat de jouets de plage gonflables, nous accueille dans l’attente d’une probable explosion. Après l’effet insolite et éphémère généré par le simple geste de détournement, l’attention se porte sur les propriétés et les composantes plastiques des objets familiers, leur charge poétique, leur potentiel de représentation.
Gérard Deschamps à son tour utilise planches à voile et ballons, objets standardisés d’une société qui apparaît comme celle de la fabrication artificielle des désirs promus par le marketing. Il ne s’agit pas seulement de multiples d’objets de détente tantôt pastels, tantôt chatoyants mais d’une multiplication sans fin, sous le leurre du jeu de plage.
À l’étage du musée, sur un écran ultra-plat, une animation de Pierre Joseph simule le cycle de la montée des eaux des îles normandes de Chausey. Le tableau mouvant se situe entre un hyperréalisme photographique et une sorte de mosaïque abstraite évolutive. Le visiteur est plongé dans une réalité totalement virtuelle, modélisée par l’artiste, et légèrement hallucinatoire.
Les Paysages 3D froissés de Pierre Ardouvin, archétypes de l’image idyllique, cliché, carte postale images de paysages paradisiaques, images de bonheur kitch reflètent l’ambivalence entre notre attirance pour un bonheur rassurant et le rejet de son artifice.
Une paire de tongs, un pâté de sable, des bretzels hyper-réalistes réalisés en bronze et peints à la brosse sont disséminés dans les espaces du musée comme des objets délaissés sur le bord de plage. Olivier Babin réalise un simple geste à la fois poétique et désenchanté, blague visuelle qui piège le spectateur, échappée à la fois subversive et ludique.
Plusieurs espaces sont consacrés à la documentation céline duval : diaporamas, projection, papier peint, poster édité pour l’occasion et proposé au visiteur ou simples agrandissements photographiques. Céline Duval constitue depuis plusieurs années un fonds iconographique aux sources variées: photographies d'amateurs ou personnelles, images de mode découpées dans les magazines et cartes postales couleurs. Matière première de la documentation céline duval, ces images, souvent de bord de mer, patiemment collectées et classées composent un édifice en construction permanente qui prend des formes diverses. L'installation vidéo Horizon connecte la présence de corps au paysage de mer. Une forme de joie photographique sous-tend chaque image, où les corps s'épanouissent devant l'horizon devenu mouvement, écho du ressac de la mer omniprésente. Ligne magique, l'horizon suggère l'ailleurs et le voyage. Dans les photographies, des baigneurs composent des pyramides humaines ou jouent à saute moutons, tentant de figer, dans l’espace et le temps, un instant de bonheur et de liberté. La série vidéographique Les allumeuses, quant à elle, agit simultanément comme une numérisation et destruction d'un fonds publicitaire de jeunes femmes dans des poses caricaturales de séduction.
Davide Balula déploie un rouleau de papier Blau, blau, blau sur la largeur d'une des salles du musée, qui modèle une déferlante bleue, construit un paysage. Après une impression de mécanique froide, le regard glisse vers un univers fragile et poétique.
Hervé, grande façade de Carlos Kusnir, occupe le centre de l’espace comme une architecture précaire ou paravent géant. Le panneau découpé, recouvert d’un papier peint au motif répétitif d’entrelacs, sorte de cordage d’un vieux gréement ou agrandissement d’un filet à poissons, simule une forteresse à deux tours. Elle vient rappeler les façades colorées des villes portuaires latines.
Wahiawa de Wilfrid Almendra, vague figée de carreaux de céramique inspirés des azulejos portugais, allie un esprit surfien à l’estampe japonaise avec le dessin au feutre d’une feuille de figuier. Du coup, l’objet glacé affiche des airs de statuettes en porcelaine digne des décorations domestiques les plus kitch.
Égérie, séductrice ou femme d’intérieur, Véronique Boudier interprète de multiples personnages. Elle s’est transformée le temps d’un été en vendeuse de chouchous et chichis tirant sa carriole de plage. Comme dans l’ensemble de ses autoportraits où elle campe des rôles de femmes, elle joue avec les clichés de la femme-objet.
Le Soleil Couchant de Pierre Ardouvin, simple sphère en plexiglas appuyée contre un mur et éclairée par un néon fluorescent placé à sa base, s’est désolidarisé de son imaginaire de carte postale, réinvente le minimalisme et ne cache pas sa nature artificielle. Dans un bac à sable, des bris de miroir simulent des ailerons de requins, telle une aire de jeu impossible.
Ida Tursic & Wilfried Mille renouvellent la peinture, puisant dans le répertoire érotique, comme si le plaisir de peindre se conjuguait littéralement au plaisir des sens : un visage de jeune femme au regard mi-clos peint en gros plan devant un paysage tropical ensoleillé, tourne en dérision l’image icône de la femme dans le porno. La coulure visible dans la mer turquoise, sur son visage et sa poitrine, est le reflet du plaisir, de l’envie, elle agit comme un élément déclencheur du désir, de la jouissance et devient le signe du trop, de l’obscénité. Le désir de peindre chez I&W s’accomplit dans la démesure : démesure de l’espace, démesure de la couleur, démesure des détails.
La vidéo Sunsets de Jean-Claude Ruggirello présente une sélection de couchers de soleil prélevés sur le net et alignés sur la même ligne d'horizon à mi écran. L'horizontalité de l’image nous hypnotise pour nous faire oublier le cliché de l’image romantique.
Au rez-de-chaussée, Angela Detanico & Rafael Lain présentent la projection Wave Horizon, vague numérique au vocabulaire formaliste. Le résultat plastique et sonore peut être assimilé à une posture romantique revisitée, intégrant science et technologie en lieu et place des notions d’intimité, de spiritualité et d’aspiration vers l’infini.
Nathalie Elemento propose des serviettes de bain aux proportions nouvelles, comme un dessin au sol ou une invitation à s’y allonger à deux. Elle met en évidence des postures physiques et mentales. L’artiste détourne les objets, non pas pour les rendre inutilisables, mais pour leur révéler une dimension nouvelle.
La cellule (Becquemin&Sagot) conçoit pour le vernissage une performance intitulée Baisers et coquillages. À l'image des films de Gene Kelly, elle prend corps in situ, tirant partie de la situation contextuelle du buffet, de l'architecture du musée et du public convié. Elle met ainsi en scène danseurs professionnels et personnel du service du protocole de la région Languedoc-Roussillon. De la légèreté d’une romance estivale à la dramaturgie d'un désir ébranlé, oscillant progressivement de la réalité d’une situation à une fiction dansée convoquant l’univers de la comédie musicale, la performance interroge le jeu de la séduction. Petit à petit, les interprètes convoitent subtilement les spectateurs avant que, d’arabesque en pas de deux, ce charme versatile ne s’évade en un invraisemblable tableau dansé. En écho à cette performance, l’installation intitulée Entre toi et l’eau bleue présente un coquillage éclairé, flottant dans le vide de l’obscurité environnante, laissant échapper le son d'un océan capturé. Invité à un moment d’écoute contemplative et solitaire, chacun peut se laisser dériver dans les flux et reflux de sa propre mer.
Les sculptures et installations de Wilfrid Almendra questionnent le devenir pavillonnaire, si standardisé par l’architecture balnéaire. Pour la série de sculptures murales Basement, il transforme un morceau brut d'asphalte, prélevé à même une route, en un terrain à bâtir, sur lequel il greffe un moulage en béton reprenant à échelle réduite le plan standard d'une "maison de constructeur" – dont le nom de catalogue donne son sous-titre à l'œuvre. Au-delà de la beauté abstraite de cet assemblage, Wilfrid Almendra met ici en tension le désir individualiste incarné par la maison individuelle et sa réalité standardisée. Une pièce inédite réalisée spécialement pour l’exposition à Sérignan prend la forme de blocs de béton couverts d’inox réfléchissant au milieu desquels pousse et se reflète la main symbole de Chandigarh, ville destinée lors de l’indépendance de l’Inde à devenir la capitale du Pendjab, qui a permis à Le Corbusier de matérialiser ses théories. L’installation, inondée de lumière jaune, apparaît comme un mirage en plein désert.
Commissariat : Hélène Audiffren
Le projet Hétérotopie présenté du 30 avril au 12 juin 2011 à Sérignan prend la forme d’une médiathèque « mobile », un container maritime, autonome en énergie, aménagé et installé sur le parvis du musée. Ce lieu permet de s’isoler temporairement pour lire, voir des films, écouter des documents sonores pendant la journée ; à l’inverse, après sa fermeture ce lieu se tourne vers l’extérieur par la diffusion de films sur une partie vitrée du container et le son disponible à partir de bornes équipées de prises-casques. Le fonds, orienté autour de questions philosophiques, de la fonction critique de l’art, de l’histoire moderne et contemporaine, de sociologie, du travail, est constitué par la bibliothèque de travail de l’artiste. Il est évolutif au fil du temps et des collaborations.
Projet réalisé grâce au soutien de la Région Languedoc-Roussillon et de la Direction Régionale des Affaires Culturelles
Géographies du dessin est le troisième volet d’une série d’expositions consacrées au dessin contemporain au Musée régional d’art contemporain à Sérignan. Après Comic Strip en 2009 sur la question du dessin narratif puis Architecture en lignes en 2010 sur les relations entre dessin et architecture, cette exposition rassemble plusieurs artistes qui explorent le genre du paysage. Elle invite le spectateur à se déplacer dans les territoires du dessin, ses frontières et ses limites toujours repoussées par ces artistes qui inventent leur propre grammaire de l'insaisissable. Décrire des trajets, reconstruire l’expérience vécue lors de voyages, retranscrire des phénomènes atmosphériques ou paysagers, proposer des errances à travers des zones inconnues, inventer des cartographies nouvelles, ces artistes transforment notre perception du réel. Une façon de redessiner le monde.
Gilles Balmet
Né en 1979 à La Tronche. Vit et travaille à Paris et Grenoble.
À la frontière entre abstraction et figuration, les œuvres de Gilles Balmet questionnent la notion de paysage, les notions de maîtrise et de hasard, d'ordre et de chaos. Avec les Ink Moutains, le geste, bien qu'aléatoire, semble aller dans le sens d'une prédétermination des formes. L'apparition des montagnes d'encre succède à l'immersion partielle de feuilles de papier blanc dans des lavis d'encre de Chine, complétée par une pulvérisation furtive de peinture acrylique dont l'agglomération crée des scories accentuant le réalisme de ces figures. Tour à tour lunaires, désertiques ou montagneux, ces paysages nous transportent en terres inconnues. Dans les Waterfall, les encres se superposent et se dissolvent en une avalanche de dégradés allant du bleu au violet en passant par le jaune. Les taches traînent sur la verticalité de la feuille, cascades de couleurs qui forment des paysages hallucinatoires. Expérimentateur permanent, Gilles Balmet nous propose de nouveaux territoires entre microscopique et macroscopique, réel et fantastique. « suminagashi »
Julien Berthier
Né en 1975 à Besançon. Vit et travaille à Aubervilliers.
Julien Berthier réalise des dessins, des sculptures, des vidéos et des photographies. Ses dessins sont autant de réflexions sur son propre travail. Toujours au format A4, ils reprennent avec humour des plans pour des projets non réalisés et des scénarios improbables, et sont empreints des dimensions à la fois poétiques et politiques qui caractérisent toute son œuvre. Ces petits dessins explicatifs traduisent une méthode de recherche artistique et une esthétique de l'impossible, de l'inachevé ou de l'échec. Il invente ainsi des possibilités nouvelles d'intervention sur le réel, entre innovations futuristes, pseudo exposé scientifique et inventions délibérément absurdes, commentaires ironiques sur notre idéologie du progrès. Il expose ses idées, trouvant un prétexte de départ anodin (une association d'idées, un bon jeu de mots) sous la forme de propositions insolites et ludiques.
François Dezeuze
Né en 1947 à Montpellier. Vit et travaille à Sète.
François Dezeuze présente des assemblages d’éléments trouvés qui forment, présentés au mur, des dessins ultra-légers, aériens, une écriture de végétal séché, une multitude de signes. «Il compte, avec les fragiles ombelles de ces grandes férules, ces fleurs à la géométrie compliquée, ça et là, sur celles plus sphériques des pissenlits, sur les feuilles de monnaie du pape, sur les ramifications des gorgones trouvées sur les rives de l’étang de Thau qu’il affectionne et tous les autres menus objets qui, détournés de leur fonction, prennent aussitôt une valeur esthétique. Les pulvérisant de colle pour en conserver la nature éphémère à la veille d’une reproduction qui n’aura pas lieu, il orne son discours de sphères esthétiques, de pétioles étoilés accrochés à la tige, de ronds de lunaires et compose ainsi la séquence lumineuse du bruissement de la langue pour parler comme Roland Barthes.» (Robert Gordienne) Devant les partitions graphiques de François Dezeuze, le visiteur construit, dans le déplacement, son sens de lecture et fabrique sa propre histoire : horizon, paysage, saynète étrange…
Vidya Gastaldon
Née en 1974 à Besançon. Vit et travaille à Paris.
L’imagerie poétique de Vidya Gastaldon semble émerger d’un esprit tant utopique qu’onirique. Ses œuvres mettent en scène des êtres fantastiques côtoyant des formes organiques, des animaux hybrides, des nuages atomiques, des aurores boréales et des champignons magiques… Les compositions graphiques de Vidya Gastaldon donnent naissance, à travers de délicats mélanges d’aquarelles, de gouache, d’acrylique et de crayons, à un univers protéiforme. Les titres sont tout aussi fantasmagoriques qu’intrigants : « Fontaine d’esprits », « Queen Boo », « Advaita Krishna », « Year 2035 », oscillant entre un univers New Age psychédélique et un symbolisme revisité. Elle emprunte esprits, figures, formes à un vaste écosystème, entre biologie, écologie et cosmologie. Ses paysages psychédéliques évoquent plusieurs niveaux de conscience, comme le précise l’artiste : « le paysage est la forme la plus appropriée pour évoquer un certain état de contemplation ».
Benjamin Hochart
Né en 1982 à Seclin. Vit et travaille à Paris.
Benjamin Hochart passe du dessin à l’objet sculptural, de la surface à l’espace, interrogeant ainsi l’apparition de la forme. Il développe un travail de dessin sous diverses formes, créant de multiples possibilités de narrations et d’interprétations entre représentation et assimilation, géométrie et chaos. Utilisant une multitude d’encres, de stylos, de feutres et de graphites, il élabore toute une palette de gestes, composant ainsi une gamme de sonorités chromatiques.
L’artiste présente à Sérignan une œuvre en plusieurs exemplaires : La perspective cavalière dépliée qui réunit quatre montages numériques sur planche de bois pour plusieurs configurations. Une nouvelle série de dessins de paysages en noir et blanc dans un style détaillé et minutieux est déclinée sous la forme de fanzines photocopiés au format A4, présentés en large tas et laissés à la disposition des visiteurs. Des dessins délicats sur calque, entre paysage abstrait et scénario compliqué, contenant de légères bribes de figuration sont associés à des formes en papier de couleur.
Olivier Nottellet
Né à Alger en 1963. Vit et travaille à Lyon.
Les dessins d’Olivier Nottellet projettent le spectateur dans des paysages « extra-ordinaires ». Il commence par des schémas et des plans et finit par noyer les formes entre lourdeur et légèreté, entre espace tridimensionnel et espace plat, atténuant les repères sensoriels. Les dessins sont mis à l’épreuve en fonction des espaces d’exposition. À Sérignan, il installe Le terrain vague : une masse noire découpe un horizon abstrait. Des étais calfeutrés de vert soutiennent la vague noire. Prêts à retenir l’écroulement définitif, ils maintiennent le spectateur dans la tension des plans qui se croisent, des formes qui glissent. Le monochrome jaune contrarie la perspective symétrique de la salle, désoriente et invite à basculer dans un autre espace, à franchir les limites de ce noir qui annule les bords tout en les révélant. L’artiste crée ainsi un espace où les trois principaux éléments de son travail dialoguent avec le visiteur : l’architecture, le dessin et la peinture. Appuyé sur la géométrie des murs, le geste creuse ici un lieu des possibles, une géographie de la déambulation.
QUBO GAS
Qubo Gas, collectif né à Lille en 2000, composé des trois artistes Jean-François Ablézot, Morgan Dimnet et Laura Henno. Jean-François Ablézot, né en 1976 au Havre. Morgan Dimnet, né en 1973 à Lille. Laura Henno, née en 1976 à Lille. Vivent et travaillent à Lille et Paris.
Le feutre, l’aquarelle, l’impression et le numérique sont les moyens de création privilégiés de QUBO GAS. Leur univers se réfère à la musique électronique dans un va-et-vient permanent entre la pratique du dessin et celle de l’outil informatique. Les couleurs vives et acidulées se mêlent aux traits de crayon minutieux et légèrement tremblants, peuplant des pans de murs de motifs imaginaires. Chacun intervient avec sa propre technique, faisant fusionner les interventions en un résultat hybride. L’absence de perspective constitue un principe unificateur de leurs styles. Le collectif réalise un grand mural pour Sérignan, vaste dessin grimpant et grignotant, onirique et méticuleux, aux formes sombres et tourbillonnantes, visions acidifiées, décrivant un environnement mouvant. En regard est présenté le programme Paper Moon, dessins qui évoluent au rythme du cycle lunaire. Chaque composition est constituée d’éléments dessinés et découpés qui s’assemblent progressivement le temps d’une lunaison à travers un moucharabieh, lui-même plus ou moins ouvert, plus ou moins opaque. Le paysage final ne se découvre que le jour de la pleine lune, avant que la nouvelle composition ne commence à se reformer.
Jean-Jacques Rullier
Né en 1962 à Bourg-Saint-Maurice. Vit et travaille à Paris.
Jean-Jacques Rullier développe de façon méthodique et systématique un véritable travail d'encyclopédiste, de « recensement du dérisoire ». Le dessin lui permet d'inventorier, de classer, de décrire et de mémoriser. Il travaille par série, par collection, traçant aussi bien des plans d'espaces de promenade, d'églises, d'intérieurs domestiques. Il dessine en couleur d'un trait précis et minutieux, captant ainsi tout le charme et l'humour de la poésie du banal et du quotidien. Il commence à collecter des objets ordinaires pour les inventorier, son but étant de retranscrire le plus justement possible la vision des éléments les plus ordinaires. À Sérignan, il présente les Promenades japonaises et israéliennes. L’ensemble des dessins est en réalité la finalité de tout un processus comparable à une cartographie de ses voyages. L’artiste redessine le monde observé au cours de ses déplacements. Ainsi, il nous amène à voir ou à re-voir différemment. Si sa réflexion garde le dessin comme restitution principale, c’est pour l’élargir à divers objectifs : retrouver l’émotion des découvertes de l’enfance, explorer les pratiques d’autres cultures, étudier les comportements humains, tisser des liens et voyager dans l’imaginaire.
Stéphane Sautour
Né en 1968 à Saint-Denis. Vit et travaille à Paris.
Le dessin est un aspect primordial du travail de Stéphane Sautour. Utilisant plusieurs techniques, notamment celle du charbon, l’artiste développe un ensemble d’œuvres graphiques proches de ses préoccupations scientifiques, techniques et sociales. Avec virtuosité, il reproduit les figures silencieuses et somptueuses de notre monde, entre l’infiniment grand et le microscopique. Chaque dessin dans l’exposition représente un moment, un paysage fragile, indéfinissable. Ambiguïté de l’image accentuée par la facture hyperréaliste quasi photographique. De très près, on distingue la matière, l’épaisseur du charbon qui disparaît dans la masse dès que l’on prend un peu de recul. Une forme de beauté étrange s’en dégage. L’œuvre de Stéphane Sautour croise une multitude de références culturelles et scientifiques qui toutes participent à la construction complexe et ambivalente de la perception d’une nouvelle réalité technologique et d’un environnement en modification.
Catharina Van Eetvelde
Née en 1967 à Gent (Belgique). Vit et travaille à Paris.
Les dessins de Catharina Van Eetvelde sont comme des espaces de liberté, des mises en forme poétiques qui résultent d’un processus mental. Abstraites ou réalistes, ces constructions sont maintenues à distance des images qui saturent notre société industrielle et de là, notre imaginaire. Dans l’exposition, l’artiste propose une installation composée de dessins inédits et de projections qui nous invite à entrer dans le territoire de son dessin. La vidéo Cruise qui convie le visiteur à une surprenante croisière dans un territoire parallèle. Le film réinvente la cartographie et l'histoire géopolitique, il déplace les frontières, favorise les insularités, crée des rapprochements topographiques inédits, comme une utopique dérive des continents. Le film composé de 1300 dessins à la main est associé à une projection de dessins numériques et d’un ensemble de dessins présentés au sol et au mur qui affichent une rigueur scientifique, définissant les contours d’une complexe narration, une géographie du sensible.
Commissariat : Hélène Audiffren
Né en 1961 à Besançon. Vit et travaille à Dijon
La démarche de Didier Marcel est le fruit d’une réflexion sur notre environnement quotidien, qui procède toujours d’un rapport très personnel à la banalité. L’artiste prélève des fragments de paysages façonnés par l’homme, puis les reproduit artificiellement avant de les replacer dans l’architecture épurée du musée. Véritables ersatz de nos forêts, ses sculptures interrogent les rapports entre nature et culture. Il propose une vision singulière de l'espace : ce n'est plus au spectateur de contourner la sculpture mais c'est tout un dispositif qui se déploie autour de lui dans le lieu d'exposition. Dans le périmètre de son regard, il découvre une œuvre qui lui suggère un autre rapport à son environnement. L’installation réalisée spécialement pour le Musée régional d’art contemporain à Sérignan ouvre la possibilité au récit et invite le spectateur à faire partie intégrante de l’œuvre. En employant des objets qu'il redimensionne, Didier Marcel bouleverse l'ordre des choses et leur localisation dans l'espace social. Une forêt de champignons lumineux place le spectateur tour à tour devant un paysage puis au centre même du tableau.
Didier Marcel a été lauréat du premier Prix de la Fondation d’entreprise Ricard en 1999. Plusieurs expositions personnelles lui ont été consacrées, notamment au MAMCO de Genève (2005), au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg (2006), au MUDAM Luxembourg (2009), au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (2010).
NUIT MAGIQUE (1)
« Tout baigne (2) » dans une ambiance lumière noire, dix champignons d’un blanc irradiant se perdent dans la longueur infinie du lieu, Sérignan est dans la place. Tout autant que sa fascinante forme générique et son aspect surnaturel, c’est sa croissance nocturne éclair, telle une apparition, qui nous occuperont. Mais paradoxalement, par une suite d’analogies le champignon aura mis vingt cinq années pour surgir au musée à Sérignan dans le projet « nuit magique ».
Tout commence par une fixation en 1986 sur la lampe éditée par Artemide, Onfale Tavolo, réalisée en 1978 par Luciano Vistosi en verre soufflé opalin de Murano ourlé de cristal transparent. À défaut de l’acquérir, son souvenir obsédant donne lieu en 1990 à une petite pièce disparue depuis où un croquis bâclé de cet objet est imprimé en sérigraphie sur un moulage en plâtre d’un carton d’emballage laqué "carrosserie", couleur rose corail. Dans le registre des images, on croisera une première fois la neige en 2004, sans raison apparente, dans une série de deux posters éditée à cent exemplaires par la Salle de bain à Lyon.
Du graphisme minimal pour amateur à partir de deux photos à ranger dans la même catégorie puisqu’il s’agit sur l’une d’elles de superposer les traces des skieurs par des lignes de pointillés blancs. Sur l’autre d’une focale plus rapprochée, ce sont des petits cercles blancs redoublés par une ombre portée fragile qui sont apposés sur une vue d’un sol moutonné par une neige poudreuse.
Lorsqu’en 2005, la Fondation Ricard demande à Didier Marcel de créer un événement à double détente: l’inauguration du Bal Jaune et la Nuit Blanche, l’image du champignon s’incarne par surprise dans la structure gonflée, fragile et éphémère, emblématique d’un émerveillement où l’enveloppement du paysage, arrondi et adouci, permet de plonger dans une extase qu’il associe à d’autres. Celle de la neige, du toucher soyeux, duveteux, cotonneux, des sons de craquements et de crissements. L’image, comme souvent dans la pratique de l’artiste, s’impose, éblouissante, instantanée, comme un flash, jusqu’à faire surgir du bitume et exploser sur la Place du Palais Royal une dizaine de champignons en plastique gonflable, signaux lumineux en même temps qu’éclairage public, annonçant l’ouverture de la soirée, invitant à prendre le chemin de la boîte de nuit. L’humour dans ce projet confronte les deux termes, Palais Royal et champignon de Paris, l’un attirant l’autre, dans un processus iconoclaste et irrespectueux qui renvoie culture et patrimoine à un champignon commun, quasi domestique, adapté au milieu urbain. Le gonflable est issu d’un autre projet (Maquette, 2004), d’une autre réponse à l’humour aussi virulent qui voit Didier Marcel installer des arbres gonflables, un paysage de camping, dans le parc d’une immense fondation de Taïwan, un type de Disneyland encombré de gigantesques sculptures monumentales. La seule parade possible sur le terrain est de détourner et d’adapter le savoir-faire de l’architecte en y plantant les arbres bien ordonnés qui garnissent les maquettes blanches cadrant le paysage à leur échelle. Le souffle et l’air sont capturés et enfermés, grâce à des soudures étanches, sans bruit. Le halo de la lumière irradie ces énormes formes blanches joufflues, nommées aussi boules de neige. Ici les champignons, de l’espèce la plus cheap, prennent leurs quartiers d’hiver, recouverts d’un fin voile lacté, effet chic et raffiné, venant manger toute la lumière pour mieux la diffuser. Tout en se pluggant telle une étrange famille de Télétubbies dispersée dans la nuit sidérale la sculpture fait basculer le lieu à son échelle jusqu’au vertige visuel produit à la fois par la sensation de domination à proximité des objets d’une hauteur de plus de deux mètres et par le flottement lié à la dispersion à travers les quarante mètres de longueur de la salle.
Là se joue une histoire d’apesanteur hallucinée, réservée au mode nuit, en attente d’autres atterrissages potentiels. Mais l’essentiel est ici, au creux d’une nuit magique qui voit la naissance pour la première fois de ces sculptures. Le night-club, déserté par la musique, est dépassé par la simplicité impeccable de la proposition, imperturbable. La lumière ne balise et ne balaye qu’une zone rythmée par cette partition ondulatoire d’un blanc immatériel, et au-delà des impacts tout reste sombre hors de portée sinon à développer les échos, les rêves et les fantasmes de toutes les projections paysagères possibles. »
Lise Guéhenneux et Didier Marcel
(1) Catherine Lara, 1986
(2) Ménélik, 1995
Le Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon à Sérignan dévoile le samedi 29 janvier 2011 à 11h la nouvelle présentation de ses collections. Une fois par an, le musée renouvelleson accrochage pour mettre en valeur ses dernières acquisitions (dons et achats) et proposer unnouveau parcours aux visiteurs. Le musée est aujourd’hui détenteur d’une véritable collection. Son attachement à la singularité des artistes, à leurs différentes formes d’engagement, a conduit plusieurs d’entre eux à réaliser des dons de leurs oeuvres. Le fonds est aujourd’hui complété grâce à un nouveau budget d’acquisition. Par la diversité des oeuvres présentées (peintures, dessins, photographies, sculptures, installations…), le musée propose au public un regard sur la création, des années 60 à la période la plus contemporaine. Plusieurs grands ensembles mettent l'accent sur certaines périodes de l'histoire de l'art : Paysagisme Abstrait, Figuration Narrative, Supports/Surfaces, Art Conceptuel, scène artistique actuelle…
A cette occasion, un hommage sera rendu à l’artiste Dado, disparu en novembre dernier, avec une salle qui lui sera entièrement consacrée.
Diplômés 2010 des écoles d’art du Languedoc-Roussillon
Lionel Biermann, Pierre Chancel, Fan Cheng, Amélie Coronado, Nicolas Daubanes, Jean-Baptiste Durand, Sylvain Gaillard, Mathieu Legrand & Camille Santacreu, Mehdi Melhaoui, Renaud Seveau, Marie-Claude Vidal
Artistes issus de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier Agglomération, de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes et de la Haute Ecole d’ART de Perpignan
Cette première édition d’un cycle d’expositions réunit des artistes issus des écoles d’art du Languedoc-Roussillon. Le musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon affirme avec cette exposition sa volonté de défendre la jeune création formée et issue de sa région sur son territoire.
Un temps fort proposé au public, composant avec tous les registres de la création actuelle, dessin, sculpture, installation, vidéo, qui est une mine de prospection pour les professionnels de l’art et de découverte pour le grand public. Très prospective, cette exposition permet de prendre la température de la jeune scène émergente dans la région.
Lionel Biermann
Né en 1984 à Arles – Vit et travaille à New-York
DNSEP de l'école des Beaux Arts de Montpellier Agglomération
Préoccupé par le processus de création d’une œuvre, le travail de Lionel Biermann trouve sa source dans son quotidien, sur lequel il agit comme un filtre conscient qui reçoit et propose une nouvelle perception.
Pour la série de dessins Architectures, c’est en se basant sur les images d’une architecture qui promeut une technique « moderne » de mise en œuvre qu’il intervient en mettant en avant la technique même de création du dessin, et en utilisant les codes graphiques de ces bâtiments.
Pierre Chancel
Né en 1986 à Clermont-Ferrand – Vit et travaille à Nîmes
DNSEP de l’école Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes
Le travail de Pierre Chancel puise ses sources dans la sémiologie, l’histoire et le mythe. Chacune de ces notions va tour à tour faire naître des images qui vont interroger leurs structures, leurs fonctions et leur dimension fictionnelle. Le contexte contemporain des travaux va quant à lui créer un décalage avec les vestiges de ces légendes et anecdotes historiques tout en les faisant ressurgir de notre passé.
Pierre Chancel rejoue des épisodes tirés de récits anciens, transpose l’histoire lointaine et le mythe en photographie. Ses images, construites sous la forme d’énigmes, laissent le doute s’installer en tant que vision et interprétation.
Fan Cheng
Né en 1981 à Dongying (Chine) – Vit et travaille à Nîmes
DNSEP de l’école Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes
Les dessins de Fan Cheng proposent de regarder avec la pensée, avec la mémoire, avec les catégories autant de l’esthétique que du langage. Pendant la création, il cherche à énoncer, à spéculer sur quelques idées et catégories de la connaissance qui le travaillent, qui l’interrogent, et qui tout en traversant quelques prétentions scientifiques et philosophiques, témoignent de son inquiétude, de l’incertitude sur les choses essentielles et existentielles de l’être inscrit dans un cosmos sans finitude.
Amélie Coronado
Née en 1986 à Tarbes – Vit et travaille à Bruxelles
DNSEP de l’école Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes
Les œuvres d’Amélie Coronado jouent avec la perception. Entre ce qui apparaît et ce qui n'apparaît pas, ses œuvres sur papier ou sculptures offrent différents points de vue et livrent une multiplicité de lectures. Ses dessins puisent dans l'organique et le géométrique et se réfèrent à l'architecture. Les thèmes de la défense et de l'attaque, de l'anatomie et de la surface sont également au centre de son travail.
Maquette, carton, image : volume et dessin migrent encore, pour rejoindre cette fois la sculpture. Quatre morceaux de métal découpés, peints en noir, disposés en emboîtement. Enchaînement aussi massif qu’ajouré, les surfaces lourdes, cabossées à bords coupants font apparaître le vide qu’elles abritent : arche inversée en chacun de ses bouts. A côté, un volume fait de papiers attachés par du scotch repose à terre, faisant un coude en son milieu.
Nicolas Daubanes
Né en 1983 à Lavaur – Vit et travaille à Perpignan
DNSEP de la Haute Ecole d’ART de Perpignan
Nicolas Daubanes travaille avec les mémoires et les expériences qu’elles génèrent. Il évoque autant les passés vécus en tenant compte des empreintes que les traces du présent. La valeur de «temps» est constante dans ses travaux et il s’attache à interagir avec elle. L’évocation de la mort dans ses propositions n’est là que pour accentuer son désir de parler de la vie, une échappée, un pari sur le futur. Dans Put me back on my bike, une échographie filtre l’image du coureur cycliste Tom Simpson qui zigzague et s’écroule dans la montée du Mont Ventoux le 13 Juillet 1967.
Jean-Baptiste Durand
Né en 1985 à Antibes – Vit et travaille à Montpellier
DNSEP de l'école des Beaux Arts de Montpellier Agglomération
Les recherches de Jean-Baptiste Durand portent principalement sur le portrait et plus particulièrement sur les espaces relationnels entre les individus. Manipulant les codes du cinéma et de la dramaturgie, il interroge « l’ultra-réalisme» si l’on admet que, par essence, la fiction est plus « vraie » que le réel. La vidéo ou le cinéma, dans sa construction, permet d’explorer cet espace qui échappe à la dichotomie réalité / fiction.
L’Amour Sans Le Sexe décrit le portrait d’une amitié, d’une relation entre trois amis, d’une hiérarchie qui se restaure à chaque instant. Le film interroge le jeu de l’acteur, sa direction, le rapport au texte et à l’improvisation. Le cinéma et la théâtralité se confrontent dans le temps du film. La mise en scène s’invente dans l’espace entre le personnage de fiction (JB), l’acteur et l’auteur (Jean-Baptiste Durand) : elle reconstruit son autoportrait.
Sylvain Gaillard
Né en 1980 à Guilherand-Granges - Vit et travaille à Nîmes
DNSEP de l’école Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes
L'art est peut-être ce qui parle le mieux ou ce par quoi on peut le mieux parler du réel. Ce réel indéfinissable, unique, singulier et hasardeux (Cf. Clément Rosset in Le réel et son double). Il est donc impossible de le décrire comme une vache, en expliquant qu'elle est différente du mouton, de le voir dans son entier, de le copier ou de l'imiter. Faire de l'art c'est donner forme à cet indéfinissable, à ce hasard parfois effrayant qui nous habite et qui nous entoure.
Les chaussettes est une pièce qui se voudrait représentative de sa pensée, par elle, on passe de la force de la pensée et du rêve (diurne) à celle de la déception. Mais une déception dynamique, tendue et volontaire. "Les érudits tricotent les chaussettes de l'esprit" et le surhomme est un idiot. (F.Nietzsche in Ainsi parlait Zarathoustra)
Mathieu Legrand & Camille Santacreu
Camille Santacreu, née en 1982 à Toulouse - Mathieu Legrand, né en 1981 à Paris
Vivent et travaillent à Perpignan
DNSEP de la Haute école d’ART de Perpignan
La Chambre des Singularités est un projet qui fait vivre un cabinet de curiosités réadapté à l’époque contemporaine; une collection d’objets élaborés à partir de recherches basées sur différents types de médias et façonnés au moyen de matières issues de la récupération. Dans un esprit libre et critique du monde actuel, ces objets tendent à dresser non pas un constat mais une série de questionnements quant au passé, au présent et au devenir de l’homme moderne et sont présentés au public dans une structure spécifique qui devient, à l’instar des premiers cabinets de curiosités, un lieu de rencontres, d’échanges et de discussions.
Mehdi Melhaoui
Né en 1983 à Casablanca – Vit et travaille à Montpellier
DNSEP de l'école des Beaux Arts de Montpellier Agglomération
Un zodiac à moitié gonflé, plié et replié sur lui-même comme un corps organique torturé, ligoté. Objet trouvé, l'œuvre de Mehdi Melhaoui relève de l'expérimentation: à la fois enclenchement d'une action, celle de poser, manipuler un objet pour enfin l'exposer, et déclenchement du pouvoir de replier l'œuvre, la déformer, pour enfin la retirer de son lieu d'exposition. Le lieu d'exposition est ainsi transformé en lieu d'expérimentation, l'œuvre en performance, son exposition, un moment unique. Dans quelque position que soit exposée cette œuvre, la matière se tend, prend position, s'immobilise, tout comme le muscle permet au corps organique de se mouvoir, de s'immobiliser. A la différence près que dans cette œuvre, c'est le vide, l'air emprisonné dans le zodiac qui lui donne forme, devenant elle-même en partie œuvre, en partie créatrice.
Renaud Seveau
Né en 1986, à Orléans, Vit et travaille à Montpellier
DNSEP de l'école des Beaux Arts de Montpellier Agglomération
Pratiquant principalement la photographie, le jeune artiste est passionné par le portrait, un domaine qu'il explore autant par l’image que par le son.
L’installation sonore Jean-Marc, présente une histoire racontée en américain par un comédien français, Patrick Floersheim, surtout connu dans le cinéma francophone pour sa voix qu'il a prêtée à Robin Williams, Michael Douglas, ou encore Ed Harris. Un ping-pong imaginaire entre France et Etats-Unis : des sons de rues captés à New York, la voix off dans le nord de la France et les bruitages à Montpellier. Pièce radiophonique ou court métrage de fiction sonore, Jean-Marc emprunte au cinéma hollywoodien ses plans, ses clichés, et réinjecte le tout dans une ambiance décalée, où nulle traduction en français est nécessaire, puisque la mélodie et la texture des mots suffisent pour participer à ce voyage fantasmé.
Marie-Claude Vidal
Née en 1961 à Perpignan – Vit et travaille à Perpignan
DNSEP de la Haute Ecole d’ART de Perpignan
Comptez le nombre de femmes Poètes! Compositrices! Ça ou zéro c'est du pareil au même. C'est donc bien que les femmes sont faites d'un langage appauvri, d'une masse musculaire moins importante et par conséquent qu'elles sont destinées à faire plus précocement que leurs frères l'expérience inhibitrice de l'impuissance. C'est l'absurdité qui les frappe. C'est cette commotion déconcertée qu'il faut s'appliquer de mettre en signe, en scène. Seule la grotesque idiotie peut faire parade à la profonde consternation, en attendant sa sœur jumelle, l'ironie, qui n'est pas encore à sa portée.
Chef de file de l’Abstraction lyrique, Hans Hartung (1904-1989) est à la fois un artiste reconnu et mal connu. Alors que l’on retient essentiellement la production des années 1950, résultat d’un travail de report de la forme, l’exposition SPRAY au Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon à Sérignan propose un nouveau regard sur sa peinture. Elle rassemble des œuvres de l’artiste, depuis les années soixante jusqu’à la fin de sa vie, sur lesquelles il procède par pulvérisations pour laisser apparaître des espaces picturaux totalement ouverts. Le motif n'est plus centré, assujetti au cadre du tableau, traversant le champ pictural, se poursuivant à l'extérieur, évoquant un hors champ. Le signe s’estompe au profit de la tache et finit par disparaître totalement.
Jusqu’aux années cinquante, à la spontanéité apparente du geste s’oppose la méthode analytique, faite d’un long processus qui va du croquis à la mise au carreau. Hartung procède d’abord d’une manière très rationnelle, par étape, choisissant parmi des centaines de dessins, les meilleurs, ceux dignes d’être reportés puis agrandis. Après s’être exercé au geste spontané à partir de 1957 au pastel sur papier, il se libère directement sur la toile. Le changement de matière et l’utilisation de nouveaux outils, amènent Hartung à attaquer directement les toiles et les couleurs avec rapidité. La gamme chromatique aux contrastes prononcés se diversifie, le fond et la forme ne font plus qu’un. Hartung bricole des outils allant du balai à la serpette en passant par l’aspirateur et la sulfateuse à vigne pour travailler ses surfaces en transparence et superpositions avec le désir permanent de recherche, de renouvellement et d’invention.
Cette expérimentation va atteindre son apogée dans les dernières années de sa vie qu’il passe dans sa maison à Antibes. Privé de mobilité physique des suites d'un accident vasculaire cérébral, il crée 650 œuvres dont 360 la dernière année en 1989. Avec l’aide de ses assistants, il met au point de nouveaux systèmes permettant une rapidité d’intervention encore plus importante. Les surfaces sont vaporisées d’infimes gouttelettes grâce à un pistolet à air comprimé que le maître manipule assis. Hartung peint parfois plusieurs œuvres dans une même journée, dont ses plus grands formats. Sa liberté d'expression n'a jamais été aussi grande. Il écrit alors : " Le plaisir de vivre se confond en moi avec le plaisir de peindre. Lorsqu'on consacre toute sa vie à la peinture, que l'on cherche à aller toujours plus loin, il est impossible de s'arrêter ".
Via la technique du spray, l’exposition met l’accent sur la liberté dans la peinture atteinte par cette technique libératrice du geste.
Exposition réalisée grâce à la collaboration de la Fondation Hartung – Bergman à Antibes.