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  • Alerte Météo

    Du 07 novembre 2010 au 06 mars 2011

    Diplômés 2010 des écoles d’art du Languedoc-Roussillon


    Diplômés 2010 des écoles d’art du Languedoc-Roussillon
    Lionel Biermann, Pierre Chancel, Fan Cheng, Amélie Coronado, Nicolas Daubanes, Jean-Baptiste Durand, Sylvain Gaillard, Mathieu Legrand & Camille Santacreu, Mehdi Melhaoui, Renaud Seveau, Marie-Claude Vidal
    Artistes issus de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier Agglomération, de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes et de la Haute Ecole d’ART de Perpignan

    Cette première édition d’un cycle d’expositions réunit des artistes issus des écoles d’art du Languedoc-Roussillon. Le musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon affirme avec cette exposition sa volonté de défendre la jeune création formée et issue de sa région sur son territoire.
    Un temps fort proposé au public, composant avec tous les registres de la création actuelle, dessin, sculpture, installation, vidéo, qui est une mine de prospection pour les professionnels de l’art et de découverte pour le grand public. Très prospective, cette exposition permet de prendre la température de la jeune scène émergente dans la région.

    Lionel Biermann
    Né en 1984 à Arles – Vit et travaille à New-York
    DNSEP de l'école des Beaux Arts de Montpellier Agglomération
    Préoccupé par le processus de création d’une œuvre, le travail de Lionel Biermann trouve sa source dans son quotidien, sur lequel il agit comme un filtre conscient qui reçoit et propose une nouvelle perception.
    Pour la série de dessins Architectures, c’est en se basant sur les images d’une architecture qui promeut une technique « moderne » de mise en œuvre qu’il intervient en mettant en avant la technique même de création du dessin, et en utilisant les codes graphiques de ces bâtiments.

    Pierre Chancel
    Né en 1986 à Clermont-Ferrand – Vit et travaille à Nîmes
    DNSEP de l’école Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes
    Le travail de Pierre Chancel puise ses sources dans la sémiologie, l’histoire et le mythe. Chacune de ces notions va tour à tour faire naître des images qui vont interroger leurs structures, leurs fonctions et leur dimension fictionnelle. Le contexte contemporain des travaux va quant à lui créer un décalage avec les vestiges de ces légendes et anecdotes historiques tout en les faisant ressurgir de notre passé.
    Pierre Chancel rejoue des épisodes tirés de récits anciens, transpose l’histoire lointaine et le mythe en photographie. Ses images, construites sous la forme d’énigmes, laissent le doute s’installer en tant que vision et interprétation.

    Fan Cheng
    Né en 1981 à Dongying (Chine) – Vit et travaille à Nîmes
    DNSEP de l’école Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes
    Les dessins de Fan Cheng proposent de regarder avec la pensée, avec la mémoire, avec les catégories autant de l’esthétique que du langage. Pendant la création, il cherche à énoncer, à spéculer sur quelques idées et catégories de la connaissance qui le travaillent, qui l’interrogent, et qui tout en traversant quelques prétentions scientifiques et philosophiques, témoignent de son inquiétude, de l’incertitude sur les choses essentielles et existentielles de l’être inscrit dans un cosmos sans finitude.

    Amélie Coronado
    Née en 1986 à Tarbes – Vit et travaille à Bruxelles
    DNSEP de l’école Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes
    Les œuvres d’Amélie Coronado jouent avec la perception. Entre ce qui apparaît et ce qui n'apparaît pas, ses œuvres sur papier ou sculptures offrent différents points de vue et livrent une multiplicité de lectures. Ses dessins puisent dans l'organique et le géométrique et se réfèrent à l'architecture. Les thèmes de la défense et de l'attaque, de l'anatomie et de la surface sont également au centre de son travail.
    Maquette, carton, image : volume et dessin migrent encore, pour rejoindre cette fois la sculpture. Quatre morceaux de métal découpés, peints en noir, disposés en emboîtement. Enchaînement aussi massif qu’ajouré, les surfaces lourdes, cabossées à bords coupants font apparaître le vide qu’elles abritent : arche inversée en chacun de ses bouts. A côté, un volume fait de papiers attachés par du scotch repose à terre, faisant un coude en son milieu.

    Nicolas Daubanes
    Né en 1983 à Lavaur – Vit et travaille à Perpignan
    DNSEP de la Haute Ecole d’ART de Perpignan
    Nicolas Daubanes travaille avec les mémoires et les expériences qu’elles génèrent. Il évoque autant les passés vécus en tenant compte des empreintes que les traces du présent. La valeur de «temps» est constante dans ses travaux et il s’attache à interagir avec elle. L’évocation de la mort dans ses propositions n’est là que pour accentuer son désir de parler de la vie, une échappée, un pari sur le futur. Dans Put me back on my bike, une échographie filtre l’image du coureur cycliste Tom Simpson qui zigzague et s’écroule dans la montée du Mont Ventoux le 13 Juillet 1967.

    Jean-Baptiste Durand
    Né en 1985 à Antibes – Vit et travaille à Montpellier
    DNSEP de l'école des Beaux Arts de Montpellier Agglomération
    Les recherches de Jean-Baptiste Durand portent principalement sur le portrait et plus particulièrement sur les espaces relationnels entre les individus. Manipulant les codes du cinéma et de la dramaturgie, il interroge « l’ultra-réalisme» si l’on admet que, par essence, la fiction est plus « vraie » que le réel. La vidéo ou le cinéma, dans sa construction, permet d’explorer cet espace qui échappe à la dichotomie réalité / fiction.
    L’Amour Sans Le Sexe décrit le portrait d’une amitié, d’une relation entre trois amis, d’une hiérarchie qui se restaure à chaque instant. Le film interroge le jeu de l’acteur, sa direction, le rapport au texte et à l’improvisation. Le cinéma et la théâtralité se confrontent dans le temps du film. La mise en scène s’invente dans l’espace entre le personnage de fiction (JB), l’acteur et l’auteur (Jean-Baptiste Durand) : elle reconstruit son autoportrait.

    Sylvain Gaillard
    Né en 1980 à Guilherand-Granges - Vit et travaille à Nîmes
    DNSEP de l’école Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes
    L'art est peut-être ce qui parle le mieux ou ce par quoi on peut le mieux parler du réel. Ce réel indéfinissable, unique, singulier et hasardeux (Cf. Clément Rosset in Le réel et son double). Il est donc impossible de le décrire comme une vache, en expliquant qu'elle est différente du mouton, de le voir dans son entier, de le copier ou de l'imiter. Faire de l'art c'est donner forme à cet indéfinissable, à ce hasard parfois effrayant qui nous habite et qui nous entoure.
    Les chaussettes est une pièce qui se voudrait représentative de sa pensée, par elle, on passe de la force de la pensée et du rêve (diurne) à celle de la déception. Mais une déception dynamique, tendue et volontaire. "Les érudits tricotent les chaussettes de l'esprit" et le surhomme est un idiot. (F.Nietzsche in Ainsi parlait Zarathoustra)

    Mathieu Legrand & Camille Santacreu
    Camille Santacreu, née en 1982 à Toulouse - Mathieu Legrand, né en 1981 à Paris
    Vivent et travaillent à Perpignan
    DNSEP de la Haute école d’ART de Perpignan
    La Chambre des Singularités est un projet qui fait vivre un cabinet de curiosités réadapté à l’époque contemporaine; une collection d’objets élaborés à partir de recherches basées sur différents types de médias et façonnés au moyen de matières issues de la récupération. Dans un esprit libre et critique du monde actuel, ces objets tendent à dresser non pas un constat mais une série de questionnements quant au passé, au présent et au devenir de l’homme moderne et sont présentés au public dans une structure spécifique qui devient, à l’instar des premiers cabinets de curiosités, un lieu de rencontres, d’échanges et de discussions.

    Mehdi Melhaoui
    Né en 1983 à Casablanca – Vit et travaille à Montpellier
    DNSEP de l'école des Beaux Arts de Montpellier Agglomération
    Un zodiac à moitié gonflé, plié et replié sur lui-même comme un corps organique torturé, ligoté. Objet trouvé, l'œuvre de Mehdi Melhaoui relève de l'expérimentation: à la fois enclenchement d'une action, celle de poser, manipuler un objet pour enfin l'exposer, et déclenchement du pouvoir de replier l'œuvre, la déformer, pour enfin la retirer de son lieu d'exposition. Le lieu d'exposition est ainsi transformé en lieu d'expérimentation, l'œuvre en performance, son exposition, un moment unique. Dans quelque position que soit exposée cette œuvre, la matière se tend, prend position, s'immobilise, tout comme le muscle permet au corps organique de se mouvoir, de s'immobiliser. A la différence près que dans cette œuvre, c'est le vide, l'air emprisonné dans le zodiac qui lui donne forme, devenant elle-même en partie œuvre, en partie créatrice.

    Renaud Seveau
    Né en 1986, à Orléans, Vit et travaille à Montpellier
    DNSEP de l'école des Beaux Arts de Montpellier Agglomération
    Pratiquant principalement la photographie, le jeune artiste est passionné par le portrait, un domaine qu'il explore autant par l’image que par le son.
    L’installation sonore Jean-Marc, présente une histoire racontée en américain par un comédien français, Patrick Floersheim, surtout connu dans le cinéma francophone pour sa voix qu'il a prêtée à Robin Williams, Michael Douglas, ou encore Ed Harris. Un ping-pong imaginaire entre France et Etats-Unis : des sons de rues captés à New York, la voix off dans le nord de la France et les bruitages à Montpellier. Pièce radiophonique ou court métrage de fiction sonore, Jean-Marc emprunte au cinéma hollywoodien ses plans, ses clichés, et réinjecte le tout dans une ambiance décalée, où nulle traduction en français est nécessaire, puisque la mélodie et la texture des mots suffisent pour participer à ce voyage fantasmé.

    Marie-Claude Vidal
    Née en 1961 à Perpignan – Vit et travaille à Perpignan
    DNSEP de la Haute Ecole d’ART de Perpignan
    Comptez le nombre de femmes Poètes! Compositrices! Ça ou zéro c'est du pareil au même. C'est donc bien que les femmes sont faites d'un langage appauvri, d'une masse musculaire moins importante et par conséquent qu'elles sont destinées à faire plus précocement que leurs frères l'expérience inhibitrice de l'impuissance. C'est l'absurdité qui les frappe. C'est cette commotion déconcertée qu'il faut s'appliquer de mettre en signe, en scène. Seule la grotesque idiotie peut faire parade à la profonde consternation, en attendant sa sœur jumelle, l'ironie, qui n'est pas encore à sa portée.



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  • Hans Hartung

    Du 07 novembre 2010 au 06 mars 2011

    Spray

    Chef de file de l’Abstraction lyrique, Hans Hartung (1904-1989) est à la fois un artiste reconnu et mal connu. Alors que l’on retient essentiellement la production des années 1950, résultat d’un travail de report de la forme, l’exposition SPRAY au Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon à Sérignan propose un nouveau regard sur sa peinture. Elle rassemble des œuvres de l’artiste, depuis les années soixante jusqu’à la fin de sa vie, sur lesquelles il procède par pulvérisations pour laisser apparaître des espaces picturaux totalement ouverts. Le motif n'est plus centré, assujetti au cadre du tableau, traversant le champ pictural, se poursuivant à l'extérieur, évoquant un hors champ. Le signe s’estompe au profit de la tache et finit par disparaître totalement.
    Jusqu’aux années cinquante, à la spontanéité apparente du geste s’oppose la méthode analytique, faite d’un long processus qui va du croquis à la mise au carreau. Hartung procède d’abord d’une manière très rationnelle, par étape, choisissant parmi des centaines de dessins, les meilleurs, ceux dignes d’être reportés puis agrandis. Après s’être exercé au geste spontané à partir de 1957 au pastel sur papier, il se libère directement sur la toile. Le changement de matière et l’utilisation de nouveaux outils, amènent Hartung à attaquer directement les toiles et les couleurs avec rapidité. La gamme chromatique aux contrastes prononcés se diversifie, le fond et la forme ne font plus qu’un. Hartung bricole des outils allant du balai à la serpette en passant par l’aspirateur et la sulfateuse à vigne pour travailler ses surfaces en transparence et superpositions avec le désir permanent de recherche, de renouvellement et d’invention.
    Cette expérimentation va atteindre son apogée dans les dernières années de sa vie qu’il passe dans sa maison à Antibes. Privé de mobilité physique des suites d'un accident vasculaire cérébral, il crée 650 œuvres dont 360 la dernière année en 1989. Avec l’aide de ses assistants, il met au point de nouveaux systèmes permettant une rapidité d’intervention encore plus importante. Les surfaces sont vaporisées d’infimes gouttelettes grâce à un pistolet à air comprimé que le maître manipule assis. Hartung peint parfois plusieurs œuvres dans une même journée, dont ses plus grands formats. Sa liberté d'expression n'a jamais été aussi grande. Il écrit alors : " Le plaisir de vivre se confond en moi avec le plaisir de peindre. Lorsqu'on consacre toute sa vie à la peinture, que l'on cherche à aller toujours plus loin, il est impossible de s'arrêter ".
    Via la technique du spray, l’exposition met l’accent sur la liberté dans la peinture atteinte par cette technique libératrice du geste.

    Exposition réalisée grâce à la collaboration de la Fondation Hartung – Bergman à Antibes.

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  • Ecce Homo Ludens

    Du 20 juin 2010 au 24 octobre 2010

    le jeu comme art et comme mode de vie

    Michel Aubry, Ay-O, Richard Baquié, Ben, Samuel-Olivier Beorchia, Stéphane Bérard, Alighiero Boetti, George Brecht, Marcel Broodthaers, Chris Burden, Daniel Buren, César, Alex Chan, Arthur Cravan, Peter Downsbrough, Marcel Duchamp, Jean Dupuy, Florian Faelbel, Sylvie Fanchon, Richard Fauguet, Robert Filliou, la bibliothèque de Michel Giroud, Raymond Hains, Joël Hubaut, Internationale Situationniste, Liu Jianhua, Allan Kaprow, Garry Kasparov, Roman de Kolta, Arnaud Labelle-Rojoux, Frédéric Lecomte, Pascal Le Coq, George Maciunas, Man Ray, Christophe Masseron, Philippe Mayaux, Guy Mees, Thierry Mouillé, Vik Muniz, Gabriel Orozco, Bruno Peinado, Présence Panchounette, Clotilde Potron, Yves Reynier, Jean-Claude Ruggirello, Takako Saïto, Stéphane Sautour, Axel Straschnoy, Taroop & Glabel, Pierre Tilman, Narcisse Tordoir, Patrick Van Caeckenbergh, Sarah Venturi, Andy Warhol, Robert Watts, John Wood & Paul Harrison

    Commissariat : Hélène Audiffren, Cyril Jarton
    dans le cadre de la manifestation régionale « Casanova Forever », à l’initiative de la Région Languedoc-Roussillon et pilotée par le FRAC L-R

    ECCE HOMO LUDENS : le titre de l’exposition, inspiré de l’essai de J. Huizinga, Homo Ludens, paru en Hollande à la veille de la seconde guerre mondiale, peut se traduire par « voici l’homme qui joue ». À travers un parcours dans l’art du XXème et du XXIème siècles, mais aussi dans la littérature, la philosophie, les sciences humaines, nous avons mis en perspective la manière dont un grand nombre d’artistes et de mouvements, dans le sillage de Dada, ou partant de problématiques singulières, ont investi le jeu comme un univers ouvrant sur un horizon de formes et de réflexions infinies. Si la légèreté, l’amusement sont évidemment présents, c’est d’abord un projet de civilisation qui se dessine, une civilisation plus joueuse qui entend sortir du modèle strictement productif et économique, imposant, depuis le XIXème siècle, son empreinte à l’ensemble de l’activité humaine. Lorsqu’il joue, l’être humain est réellement libre – obliger quelqu’un à jouer, comme lors des combats dans les arènes romaines, c’est détruire l’esprit même du jeu. Le jeu est libre et projette le joueur au-delà des activités liées à la survie et à la nécessité. Le talent, la réflexion, l’adresse du joueur, prennent toute leur dimension esthétique dans le fait qu’ils n’ont pas d’utilité pratique : à quoi servent les réflexions échiquéennes, les calculs du lanceur de dés, les combinaisons des joueurs de cartes, les méandres des énigmes, les performances sportives, les records ? Les créations plastiques, poétiques ou philosophiques réunies dans Ecce Homo Ludens partagent avec le jeu cette liberté et cette absence d’utilité pratique. Le jeu comme l’art ne servent à rien; mieux, ils condamnent le fait que les êtres et les choses doivent nécessairement servir à quelque chose. Ce détachement concerne le parieur risquant son argent sur un cheval ou un champion de boxe, le pari métaphysique de Pascal misant sur l’existence de Dieu ou le poème de Mallarmé, Un coup de dé jamais n’abolira le hasard, projetant les mots hors des phrases, dans le blanc de la page.
    PORTRAIT DES JOUEURS. Le détachement et le goût du risque sont la source de cette « humeur joueuse » caractéristique d’Homo Ludens dont l’exposition explore les facettes à travers de nombreux portraits. Certains joueurs, bien qu’étrangers au champ traditionnel de l’art, sont considérés comme des artistes tel Garry Kasparov, connu pour son « style », sa « créativité », mais aussi ses « performances » notamment dans les parties qui l’opposent à des ordinateurs. D’autres sont à la fois artistes et joueurs, comme Marcel Duchamp, grand maître du jeu d’échecs et représentant la France dans des compétitions internationales. Le jeu vient alors donner une impulsion particulière à l’œuvre, où l’humour, mais aussi la provocation et la prise de risque introduisent un esprit nouveau dans la création artistique du XXème siècle. Parmi ces artistes joueurs, se détache aussi la figue légendaire d’Arthur Cravan, boxeur et poète dadaïste, dont les « conférences » mêlent poésie, blagues, insultes et démonstrations pugilistes. D’autres encore, tels le poète Raymond Roussel ou le plasticien Raymond Hains, ont fondé l’ensemble de leur œuvre sur des jeux de mots, calembours, lapalissades, dérives verbales. Sont aussi présents les portraits d’Hugo Ball, fondateur du cabaret Voltaire et initiateur de Dada, de Robert Filliou portant sur la tête sa Galerie géniale sous forme d’un chapeau en papier, du performer humoriste Joël Hubaut déguisé en mousquetaire Intermarché, de l’écrivain Philippe Sollers, auteur de Portrait du joueur et Poker posant, fume-cigare à la bouche devant l’inscription mortuaire de Casanova... Cette galerie de portraits fait aussi apparaître la grande diversité de ceux qui, dans des disciplines différentes, peuvent être considérés comme des figures importantes, et parfois imprévus, de cette histoire de l’art et du jeu. On retrouve notamment, Roger Caillois, grand historien et théoricien du jeu, René Daumal, poète, spécialiste de l’Inde et membre fondateur de la revue Le Grand Jeu, le psychanalyste Jacques Lacan, maître des jeux de langage ou encore l’acteur et chanteur de variété Patrick Bruel considéré comme l’un des meilleurs joueurs de poker actuel.
    LE MUSÉE COMME SALLE DE JEU. L’exposition accueille de nombreux jeux conçus par des artistes comme le Jeu de la vie de Ben ou le Jeu du cœur de Sarah Venturi, jeu de cartes composé uniquement d’as de cœur. Souvent, comme dans la balançoire de Frédéric Lecomte, se déplaçant à vide, mue par une hélice, ou la Roulette Française de Michel Aubry dont les chiffres ont été remplacés par des icônes spécifiques au langage de l’artiste, les jeux sont utilisés comme support ou élément d’une rêverie poétique et d’une réflexion sur l’art. À la manière de Another World de Chris Burden, tour Eiffel en Mécano servant de pivot à deux paquebots Titanic en modèle réduit, tournant au-dessus d’une maquette de Paris, les jeux choisis sont porteurs d’une vision de la culture et du monde transformés par le jeu. « Partout comme aire de jeu » : tel était le projet d’Allan Kaprow, pionnier du Happening et de l’art comme environnement. Kaprow, dans son essai l’Éducation de l’Un-artiste (II) propose d’étendre la notion de jeu aux activités artistiques, scientifiques, sociales, de manière à sortir du modèle du travail qui rend toute tache pénible et ennuyeuse. L’objectif est de s’orienter vers une société plus ouverte, plus joyeuse, plus créative. On retrouve dans cette proposition de Kaprow la philosophie du mouvement Fluxus dont l’esprit est très présent dans l’exposition avec une ensemble d’œuvres de Robert Filliou et de George Brecht ainsi qu’une table de Ping-Pong de George Maciunas, entre autres. En parallèle de Fluxus, l’exposition présente aussi des textes, détournements, affiches, cartes géographiques présentant l’esprit ludique du groupe Situationnistes, transformant la ville en espace de jeu. Parmi ces propositions se dégage la figure artistique et intellectuelle de Guy Debord dont le Jeu de la Guerre sera présenté. Au fil du parcours, le visiteur est parfois directement invité à jouer comme avec le loto d’Axel Straschnoy dont le tirage sera réalisé au cours de l’exposition. Ailleurs, le visiteur est poussé par Stéphane Bérard, dans une botte de foin ou invité à la contemplation par le Cosmic Billard de Roman de Kolta, vidéo où les figures réalisées aléatoirement par l’ex-champion du monde de billard artistique, Jean Reverchon, se superposent avec une carte du ciel lorsque les mouvements des billes correspondent avec une constellation céleste.
    HASARD, MASQUE, VERTIGE, COMPÉTITION. Sans se figer dans un parcours didactique, l’exposition chemine à travers les quatre catégories de jeux définis par Roger Caillois, dans Les jeux et les hommes. Le hasard – dont le nom puis le concept se sont constitués à partir de l’arabe az-ar désignant le jeu de dés - est présent dans de nombreuses œuvres tels Un coup de dés jamais n’abolira le hasard, poème de Mallarmé repris par Marcel Broodthears ou Le fruit du Hasard de Thierry Mouillé, un dé dont l’enveloppe a été arrachée, ne laissant qu’un noyau blanc, vierge. Le hasard s’introduit dans la création, mais aussi dans la vie quotidienne comme dans le roman L’homme-dé de Luke Rhinehart où le héros prend toutes ses dé-cisions en lançant un dé. L’homme qui joue sait vivre et agir en accord avec le hasard. De même, il sait que les dieux, les animaux et les êtres humains sont multiples et apparaissent toujours sous différents masques. Masques du pouvoir, masques professionnels, masques énigmatiques que l’on retrouve dans Le Bal des Masqués, grand dessin au fusain de Clotilde Potron, présentant des hommes à tête d’animaux évoluant dans un cadre urbain nocturne et menaçant. Le masque est aussi au cœur de l’œuvre de Philippe Mayaux : dans Kirivert, il présente deux masques noirs sous une cloche de verre. En introduisant une pièce de monnaie, le visiteur met en marche une soufflerie qui fait voler des billets de banque autour des masques. À travers la compétition, Homo Ludens développe également son prestige : il cherche à obtenir un trophée, une couronne de laurier ou simplement s’élever au-dessus des autres comme dans la série de photographies de Guy Mees présentant des groupes humains placés à différentes hauteurs, comme sur des podiums. Dans une petite peinture de Sylvie Fanchon, une coupe se dessine entre deux visages qui se font face. La compétition amène chacun à donner le meilleur de lui-même, à dépasser ses limites, tout en sachant que, comme la coupe ou les trophées, cette distinction est une pure vanité. À travers le hasard, sous les masques et dans la compétition, le joueur recherche l’intensité, une manière d’être différente de celle qui régit la vie quotidienne : le vertige. Celui-ci, coupant le souffle, fait battre le cœur et place l’esprit devant un abîme. Les grands joueurs, comme Yudhistira, l’un des héros du Mahâbhârata, se misant lui-même dans une partie de dés ou Casanova, pour qui « vivre et jouer sont une seule et même chose », se distinguent par cette capacité à rechercher et propager autour d’eux ce vertige.
    THÉORIE DU JEU. L’enjeu de l’exposition est de proposer un choix rigoureux d’œuvres présentant de manière significative l’influence du jeu dans la création artistique moderne et contemporaine. Cette dimension « historique » est indissociable de la pensée d’une humanité joueuse initiée par Huizinga qui voit dans le jeu l’origine et la part la plus vivante de la culture. Salle de jeu, l’exposition est aussi espace de réflexion, un outil théorique matérialisé, notamment, par la bibliothèque de Michel Giroud, transplantée dans l’exposition. Artiste, collectionneur de livres, Giroud est aussi directeur de la collection l’Ecart Absolu dont les ouvrages consacrés à Fourier, Brisset, Ball, Duchamp, Filliou, Brecht... permettent d’établir des liens entre l’art, le jeu et différents champs linguistiques, philosophiques et politiques radicaux. Conçus avec de la paille, du sable, de l’air, des bulles de savons, beaucoup d’œuvres donnent aussi à expérimenter le jeu, non comme passe-temps, mais comme passage du temps, qui, selon une formule d’Héraclite, est comparable à « un enfant qui joue ». Le temps souffle sur les vivants comme sur des bulles de savons, il les risque dans une partie, sur une scène, dont il faudra tirer le meilleur parti. Ecce Homo Ludens propose, à la mesure de l’exposition, une autre généalogie, une autre histoire pour l’être l’humain. Par-delà le laborieux homo faber et le pseudo homo sapiens, c’est homo ludens qui s’impose, l’homme joueur sachant faire, agir et penser dans une perspective plus vaste, plus passionnante, plus folle, plus détachée, mais aussi plus fine, plus juste pour donner forme à un gai savoir et à une manière joueuse d’être au monde.

    Cyril Jarton est critique d'art. Après avoir développé par divers écrits et expositions les notions de « contemporanéïté » et de « peinture générique », il poursuit depuis 2004 un travail de recherche et de création sur le jeu.
    Hélène Audiffren est directrice du Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon à Sérignan.

    Exposition réalisée grâce à la collaboration de : Centre National des Arts Plastiques – Ministère de la Culture et de la Communication, Fonds régional d'art contemporain Île-de-France, Fonds régional d'art contemporain Languedoc-Roussillon, Fonds régional d'art contemporain des Pays de la Loire, Fonds Municipal d’Art Contemporain de la Ville de Paris, Le Musée Français de la Carte à Jouer – Ville d’Issy-les-Moulineaux, Musée de la Boxe - Ville de Sannois, Fondation Cartier pour l'art contemporain, Collection Jean-Paul Guy, Galerie Claudine Papillon, Paris, Galerie Hervé Loevenbruck, Paris, Galerie Xipass, Paris, Galerie Lara Vincy, Paris, Galerie Lélia Mordoch, Paris, Galerie In Situ / Fabienne Leclerc, Paris, Galerie Paul Frèches, Paris, Galerie Philippe Pannetier, Nîmes, Galerie Micheline Szwajcer, Anvers



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  • Cocktail Designers

    Du 14 février 2010 au 06 juin 2010

    Le collectif Cocktail Designers propose un parcours dans l’espace du rez-de-chaussée du musée nouvellement augmenté d’un plateau de 500 m². Trio de designers fondé en 2004 par Claire Moreux, Olivier Huz et Olivier Vadrot, ils associent leurs compétences pour œuvrer dans tous les domaines (architecture, scénographie, commissariat d’expositions, direction artistique, graphisme, création sonore) dans une série de crossovers qui empruntent autant aux avant-gardes historiques qu’à l’esprit collaboratif de la musique électronique. Dès l’entrée, Icosajack, assemblage de icosaèdre (la figure géométrique de l'étoile) et du jack (la connectique), propose l’écoute du catalogue complet du label Optical Sound, sous la forme d'un objet d'écoute non identifié. Faisant face, Light Beam (Napoli) sont des poutres lumineuses, clin d’œil direct à Sol LeWitt. Avec How tall am I?, ils nous proposent de nous mesurer à des figures historiques ou quelques peoples. Le grand espace d’exposition est transformé en parc intérieur. Une rotonde sonore et lumineuse diffuse un texte de Marie Darieussecq "Précisions sur les vagues ", description minutieuse de phénomènes marins, dont on ne sait s’ils relèvent du scientifique ou du poétique. Voyage dans le temps et dans l’espace, traversée des continents, du “rouleau” des côtes atlantiques au “tsunami” de l’océan Indien, ces vagues racontent une part du monde, entre la douceur d’un clapotis et le déchaînement d’un raz-de-marée. La bande-son conçue par Sébastien Roux se compose de mini-séquences diffusées sur un mode aléatoire : des petits blocs de textes et de sons déferlent comme des vagues, à l’infini. À tout moment de la journée on peut accéder à ce qui est à la fois un théâtre de poche, un kiosque à musique, ou un studio radiophonique. Plus loin, autour d’une fontaine de salon, un mobilier de bord de mer ou du haut des pistes (chaises longues en poil de chèvre, pavillon aux motifs savoyards, table basse - luge, trophée – porte-manteau…) a été spécialement produit pour l’occasion. Et c’est non sans humour, que le cactus en plexiglas appelé « Soleil brillant et glacial comme la lune sur la neige, ou le cri tragique des mouettes sur la mer verte du crépuscule de février » loge au centre du pavillon Fabrique (Dan Graham à Megève).

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  • Architecture en lignes

    Du 14 février 2010 au 06 juin 2010

    Clément Bagot, Yves Bélorgey, Christophe Berdaguer & Marie Péjus, David Bioulès, Daniel Chust Peters, Blaise Drummond, Valérie du Chéné, Chloé Dugit-Gros, Nathalie Elémento, Gerlinde Frommherz, Marie-Jeanne Hoffner, Eden Morfaux, Marine Pagès, Laurent Proux, Michaël Viala

    Les œuvres rassemblées dans l’exposition questionnent chacune à leur manière le va-et-vient entre le dessin et l’architecture. Il s'agit de l'articulation de ces deux notions (le dessin et l'architecture) ou comment l'un est à l'origine de l'autre: le dessin, qui permet de projeter, de modeler une idée, est une étape décisive du travail de l'architecte. Ici, il n'y a guère d'architectes, mais plutôt des artistes qui questionnent les relations à la construction, aux espaces. Des jeux de construction qui ouvrent et rendent visibles de possibles espaces.
    Le dessin recouvre l'architecture, mais il peut devenir forme, sculpture, mur-objet. Le dessin parle du volume et le volume de la surface. L'ensemble nous parle du processus de construction: regarder les interstices, ce qui est dedans –en général invisible.
    Cette exposition réunit des artistes qui tentent de représenter des lieux qui existent ou n'existent pas, parfois simples projections mentales. Entre une observation précise ou sensible et une forme abstraite, les artistes restituent l'idée de l'architecture en tant que lien au monde extérieur ou avec notre intimité.

    Commissariat : Hélène Audiffren

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  • Patrick Faigenbaum / Claire Tenu

    Du 01 octobre 2009 au 24 janvier 2010

    Deux artistes photographes en résidence à Sérignan

    Patrick Faigenbaum et Claire Tenu ont été invités à travailler sur le territoire de Sérignan, sur la proposition du critique et historien d’art Jean-François Chevrier. Les deux artistes photographes sont venus séjourner à plusieurs reprises tout au long des quatre saisons pour livrer un portrait photographique de la ville. L’exposition est le deuxième volet du projet réalisé en collaboration avec Jean-François Chevrier entre 2008 et 2009 au musée de Sérignan. Le premier volet, intitulé « Images du corps, vertiges et vestiges », a présenté durant l’été 2008 le regard de Jean-François Chevrier sur la collection qu’il a constituée pour le FRAC Rhône-Alpes de 1986 à 1988. Pour ce second volet, il a choisi de réaliser une invitation plus prospective.

    Patrick Faigenbaum (né en 1954 à Paris) commence la photographie, après une formation de peintre, inscrivant son œuvre dans la tradition picturale. Alors pensionnaire à la Villa Médicis à Rome au milieu des années quatre-vingts, il réalise des portraits de familles aristocratiques italiennes et des images de bustes d'empereurs romains. Grand portraitiste, son œuvre s’étend à tous les genres, de la vue urbaine aux scènes de rues, du paysage à la nature morte. Prague, Brème, Barcelone, Saint-Raphaël, Tulle, Beauvais, le village sarde de Santulussurgiu et maintenant Sérignan, sont autant de lieux dont il a saisi l’histoire, l’esprit, les spécificités et les individus. Ses photographies toujours précises et réglées sont autant d’images mentales composées à partir des éléments du réel. Après la rétrospective qui lui a été consacrée au Musée de Grenoble à l'automne 2008, Patrick Faigenbaum présente un nouvel ensemble, entièrement inédit, de photographies réalisées à Sérignan.

    Claire Tenu (née en 1983 à Dijon), qui a suivi l’enseignement de Faigenbaum à l’École des beaux-arts de Paris, travaille aussi à rendre compte de la complexité d’un territoire par l’outil photographique. Partant de l’idée qu’un territoire est défini par sa géographie et son histoire, par les usages et les imaginaires de ses habitants, elle fonde son travail sur les échanges avec ceux qui ont l’expérience des lieux. Elle réalise un travail de synthèse entre sa propre expérience et celle des habitants rencontrés. Pour l’artiste, la teneur descriptive de l’image n’en constitue qu’une première couche qui se transforme en quelque chose d’autre par le processus créatif. Combinant précision documentaire et jeu des formes, ses œuvres interrogent les modèles artistiques du tableau et du montage.
    À Sérignan, Patrick Faigenbaum et Claire Tenu ont arpenté le centre ancien, les zones alentours, observé les paysages de vignes, le cours du fleuve Orb, le site naturel protégé des Orpellières, les plages du littoral, rencontré les gens qui y vivent et y travaillent, regardé l’architecture vernaculaire, assisté aux fêtes du village, pour dresser une cartographie en photographies et révéler les composantes hétérogènes de ce territoire.

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MUSÉE RÉGIONAL D'ART CONTEMPORAIN LANGUEDOC-ROUSSILLON
146, avenue de la plage - BP 4 - 34 410 Sérignan
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