Patrick Faigenbaum et Claire Tenu ont été invités à travailler sur le territoire de Sérignan, sur la proposition du critique et historien d’art Jean-François Chevrier. Les deux artistes photographes sont venus séjourner à plusieurs reprises tout au long des quatre saisons pour livrer un portrait photographique de la ville. L’exposition est le deuxième volet du projet réalisé en collaboration avec Jean-François Chevrier entre 2008 et 2009 au musée de Sérignan. Le premier volet, intitulé « Images du corps, vertiges et vestiges », a présenté durant l’été 2008 le regard de Jean-François Chevrier sur la collection qu’il a constituée pour le FRAC Rhône-Alpes de 1986 à 1988. Pour ce second volet, il a choisi de réaliser une invitation plus prospective.
Patrick Faigenbaum (né en 1954 à Paris) commence la photographie, après une formation de peintre, inscrivant son œuvre dans la tradition picturale. Alors pensionnaire à la Villa Médicis à Rome au milieu des années quatre-vingts, il réalise des portraits de familles aristocratiques italiennes et des images de bustes d'empereurs romains. Grand portraitiste, son œuvre s’étend à tous les genres, de la vue urbaine aux scènes de rues, du paysage à la nature morte. Prague, Brème, Barcelone, Saint-Raphaël, Tulle, Beauvais, le village sarde de Santulussurgiu et maintenant Sérignan, sont autant de lieux dont il a saisi l’histoire, l’esprit, les spécificités et les individus. Ses photographies toujours précises et réglées sont autant d’images mentales composées à partir des éléments du réel. Après la rétrospective qui lui a été consacrée au Musée de Grenoble à l'automne 2008, Patrick Faigenbaum présente un nouvel ensemble, entièrement inédit, de photographies réalisées à Sérignan.
Claire Tenu (née en 1983 à Dijon), qui a suivi l’enseignement de Faigenbaum à l’École des beaux-arts de Paris, travaille aussi à rendre compte de la complexité d’un territoire par l’outil photographique. Partant de l’idée qu’un territoire est défini par sa géographie et son histoire, par les usages et les imaginaires de ses habitants, elle fonde son travail sur les échanges avec ceux qui ont l’expérience des lieux. Elle réalise un travail de synthèse entre sa propre expérience et celle des habitants rencontrés. Pour l’artiste, la teneur descriptive de l’image n’en constitue qu’une première couche qui se transforme en quelque chose d’autre par le processus créatif. Combinant précision documentaire et jeu des formes, ses œuvres interrogent les modèles artistiques du tableau et du montage.
À Sérignan, Patrick Faigenbaum et Claire Tenu ont arpenté le centre ancien, les zones alentours, observé les paysages de vignes, le cours du fleuve Orb, le site naturel protégé des Orpellières, les plages du littoral, rencontré les gens qui y vivent et y travaillent, regardé l’architecture vernaculaire, assisté aux fêtes du village, pour dresser une cartographie en photographies et révéler les composantes hétérogènes de ce territoire.
Le musée présente une grande exposition consacrée à l’artiste Carlos Kusnir. La liberté et l’esprit de sa peinture en font un artiste singulier et de tout premier plan. L’apparente maladresse côtoie la virtuosité technique, toujours entre brutalité et délicatesse. Sa peinture est un mélange de fantaisie et de rigueur artistique, de recul et d’infiltration de la vie quotidienne. Il joue avec les motifs et les formes, les couleurs criardes ou pastels, sortant souvent du cadre conventionnel du tableau. Les théories généralement simplistes et l’histoire de l’art qui séparent figuration et abstraction, sont avec Carlos Kusnir, mises à mal. Ses peintures portent en elles le souvenir de ses déplacements, façades, murs de briques, rideaux, nappes ou papiers peints, d’Argentine, d’Ukraine ou de République Tchèque. L’artiste joue sans cesse du rapport ambigu entre réalité et représentation. Il ne s’éloigne jamais beaucoup de la culture populaire et de la vie de tous les jours et c’est par cette simplicité qu’il injecte un indéniable sentiment de liberté à son univers.
Carlos Kusnir décolle ses peintures du mur, les pose à même le sol, ou les maintient de façon précaire dans l’espace à l’aide d’équerres de bois. Il invite à franchir le décor, à contourner les tableaux et les cimaises, laissant apparaître les piétements, la fragilité de la structure. Matériaux pauvres, contreplaqué déglingué, chutes de bois ou objets hétéroclites, chaises ou balai, bandes sonores qui accompagnent le tableau ; la peinture, à priori genre noble, déborde toujours du cadre. C’est en la mettant en danger, en équilibre incertain, en l’appuyant au mur simplement, en voulant l’extirper du contexte du musée, de l’exposition conventionnelle que Carlos Kusnir la donne à voir.
Pour le musée, il a imaginé un parcours mêlant des œuvres anciennes à des œuvres inédites, proposant ainsi une multitude de pistes pour aborder sa peinture. Plus qu’une exposition dans sa définition traditionnelle, il s’agit d’un véritable projet pictural : Carlos Kusnir « installe la peinture ». Il propose des va-et-vient entre l’ensemble et le détail, l’autonomie du tableau et le dialogue dans un ensemble plus vaste. Une grande façade recouverte de papiers sérigraphiés de motifs répétitifs se déploie dans l’espace d’exposition sur quinze mètres et diffuse la répétition au piano des variations Goldberg de Bach. La musique devient comme une couleur supplémentaire, une mise en écho du motif. La mélodie emprunte les lignes des arabesques du panneau vers l’infini. D’autres peintures accueillent un oiseau de facture parfaite sur un fond abstrait expressionniste. Evitant le piège du kitch, Carlos Kusnir réactualise le trompe-l’œil, ajoutant parfois même un objet bien réel dans la composition. Certains morceaux très habiles se voient recouverts d’un trait de peinture ou d’une tache, dans un jeu de rencontre entre les extrêmes. Une de ses fameuses toiles portant l’inscription « Je suis au café », posée sur deux chaises, harangue le spectateur avec humour et l’oblige à y regarder de plus près. La scène est une fiction, celle provocatrice de l’absence du sujet de la peinture mais surtout celle d’une peinture faussement précaire et désinvolte. Avec humour et dérision, Carlos Kusnir questionne le tableau et donne à voir la capacité inépuisable de la peinture d'échapper à elle-même, de se réinventer sans cesse.
Abdelkader Benchamma, Belkacem Boudjellouli, Armelle Caron, Julien Cassignol, Sylvain Ciavaldini, Robert Crumb, Guillaume Dégé, Roland Flexner, Pauline Fondevila, Jochen Gerner, Killoffer, Stéphanie Nava, Gérald Panighi, Guillaume Pinard, Christine Rebet, Agnès Rosse, Jeanne Susplugas, Taroop & Glabel
Semiose éditions invitées dans les vitrines
L’exposition « Comic Strip » invite, sur un air de Serge Gainsbourg, à entrer dans l’univers du dessin. Médium à part entière, le dessin contemporain, dans sa spontanéité, et parfois sa démesure, s’inscrit avec force dans l’époque actuelle. Comme le prouvent les œuvres rassemblées dans cette exposition, le dessin ne se limite plus au carnet ou au croquis préparatif, ni au crayon et au papier. Le dessin contemporain oscille entre le monumental et le microscopique, le conceptuel et le tridimensionnel, le noir et blanc et la couleur. Il revendique de s’inscrire sur tous les supports et par tous les procédés possibles : le tracé par ordinateur sur films ou vidéos, la page de bande dessinée privée ou pas de ses bulles et légendes, le découpage de logotypes, le papier directement punaisé au mur comme le recours à des bandes adhésives industrielles. Dans la majorité des œuvres rassemblées dans cette exposition, les artistes explorent le potentiel anecdotique et narratif du dessin, sa subjectivité inhérente, sa tendance au populaire et au vernaculaire. Des dessins affirment un retour à l’expression de l’émotion, de l’expérience et du sentiment, comme dans l’œuvre de Belkacem Boudjellouli, d’Agnès Rosse ou d’Abdelkader Benchamma ou dans le réinvestissement sensible de la voix unique de l’auteur, par l’intermédiaire du ton excentrique et pince-sans-rire de Taroop & Glabel ou de Pauline Fondevila. Le dessin narratif, minutieusement cultivé est fondé sur les domaines de l’expérience humaine avec lesquels il a fini par s’associer : intimité, simplicité, authenticité, immédiateté, subjectivité.
Cette exposition sur le dessin contemporain est aussi l’occasion de montrer quelles sont les relations entre la bande dessinée et l’art contemporain et à quel point la frontière entre ces deux arts est aujourd’hui poreuse. Outil de prédilection pour les artistes inspirés par les comics, les qualités d’immédiateté et d’intimité du dessin le désignent comme le procédé le plus pertinent pour les artistes qui souhaitent rendre visible les notions de liberté et de désaccord, de désir, de crainte et de désordre.
> Semiose Editions invité dans les vitrines expérimentales
La production de Semiose éditions s’articule autour de grands ensembles : catalogues d’artistes, livres d’artistes et collection de textes, mais aussi multiples d’artistes. Il s’agit, avec les premiers, de mettre à la disposition du public un ensemble de monographies sur quelques artistes contemporains importants de la scène française et internationale : Jean Dupuy, Taroop & Glabel, Philippe Mayaux, Arnaud Labelle-Rojoux, Guillaume Pinard ou bien encore Guillaume Degé. La maison s’est aussi fait une spécialité de la publication de livres d’artistes. Elle se distingue par la grande attention toujours portée à la beauté et à la qualité de l’objet. Une volonté de proposer, de la part de Semiose éditions une vision de l’art comme un regard porté sur le monde qui l’entoure et défendre des artistes qui, pour ce faire, se saisissent avec inquiétude de leur médium.
Commissariat : Hélène Audiffren
Né en 1966 à Chambéry, il vit et travaille à Montpellier.
Pour la 1ère fois depuis plus de dix ans en France, Dominique Figarella propose un parcours de peintures inédites résonance avec des œuvres plus anciennes. L’artiste s’est engagé dans une pratique de la peinture exigeante, à la fois savante et ludique. Au début des années 90, il emploie dans ses tableaux des objets incongrus comme image, outil et métaphore du geste du peintre. Ballons, gants de boxe et chewing-gums revisitent également, de manière très ironique, les matériaux traditionnels du tableau. L'artiste utilise aussi des objets directement liés au corps comme le gant de boxe qui matérialise le choc visuel de l'œuvre, ou le fauteuil-roulant.
Dans les pièces les plus récentes, il a introduit des photographies. Le mimétisme entretenu entre la peinture et la photographie interroge le rapport de chacun de ces médiums à la réalité. Le tableau, photographié en cours d’élaboration, accueille sur sa surface cette même photographie appliquée, déformée, qui vient souligner les processus de construction. Cette image rend compte de la fabrication du tableau, à la manière d’un «Making Of» qui documente un stade particulier, une temporalité de composition de la forme peinte. Un jeu complexe de décisions et d’accidents, de gestes et d’empreintes s’y met en scène tandis que la peinture figure l’acte même de peindre. Dans d’autres pièces, il fait entrer le langage. Ces propositions écrites sont posées comme des énigmes pour nous qui observons. Les œuvres de Dominique Figarella nous placent sans cesse face à des interrogations et nous conduisent toujours ailleurs, et c’est cela qui est passionnant.
> Jean Denant
Une exposition de Jean Denant tient à la fois du chantier de construction et du cabinet d'architecte, d'un lieu où se conçoit et se construit un objet. Ce qui intéresse l'artiste c'est le " work in process ", le processus de fabrication de l'œuvre. Artiste sans atelier, le lieu d'exposition devient l’objet du travail. A Sérignan, il envahit l’ensemble du rez-de-chaussée du musée, passant d’un wall-painting à l’espace tout entier du lieu d’exposition. Le vocabulaire de formes relève du schéma, de la maquette, du plan. Les matériaux, adhésif, polystyrène, néons, sont ceux de la production industrielle. Lui-même les met en œuvre dans un va et vient de la pensée entre espace physique et espace mental, le lieu d'exposition et celui de ses préoccupations.
> Vidéos d’artistes LR
Annie Abrahams, Luc Bouzat, Yves Caro, Manoela Ferreira et Yves Caro, Armelle Caron, Hamid Mahgraoui, Nora Martirosyan, Maurin et La Spesa…
Le musée a présenté un choix de vidéos d’artistes de la Région Languedoc-Roussillon.
Pour leur première grande exposition dans un musée, le couple d’artistes nous invite à découvrir toute l’étendue de leur talent sous le titre énigmatique « 6,5 ». Cette mesure désigne l’écart moyen entre les deux rétines que notre cerveau utilise pour percevoir le relief. Les artistes présentent des œuvres récentes basées sur le principe des anaglyphes, images imprimées pour être vues en relief. Avec la série inédite Vintage 3D, Ida Tursic & Wilfried Mille nous proposent des Pin-up aux poitrines généreuses, provocantes sans être vulgaires, empruntées à Harold Lloyd, le grand acteur comique, pionnier de la photographie en 3D ou prélevées sur Internet. Sexy et aguichantes, ces Pin-up prennent vie grâce à cette étonnante technique. Une paire de lunettes 3D customisée par les artistes est offerte au musée pour profiter pleinement de ce procédé appliqué pour la première fois en peinture et en gravure.
Les sources iconographiques et formelles d’Ida Tursic & Wilfried Mille sont multiples. Ils puisent leurs images dans la télévision, le cinéma, les images numériques ou publicitaires, pour créer un lexique déroutant et sans cesse renouvelé. On retrouve des pages arrachées de magazines de mode reproduites à la peinture à l’huile et à une échelle monumentale. Les artistes laissent visibles les traces de leur arrachement et ces pages, extraites de leur contexte, deviennent comme des natures mortes.
Dans l’exposition, des peintures optiques plus anciennes présentent des motifs mouvants et vibratoires. Ces tableaux abstraits, par leurs surfaces illusionnistes, déclenchent des réactions visuelles extraordinaires chez le spectateur. L’illusion de mouvement provoquée par de violents contrastes structurés engendre une perte de repère, jusqu’à faire tourner la tête. D’autres grands tableaux représentent des incendies de maisons sur la célèbre colline d’Hollywood dans une explosion de formes et de couleurs.
Pour chaque peinture réalisée, I&W utilisent des feuilles de papier sur lesquelles ils essaient la couleur et nettoient l'aérographe. Ces pages « test » deviennent à leur tour des impressions jet d’encre de très grand format où tâches, projections et dégoulinures font vibrer la surface. Sur d’autres feuilles, ils inventorient les couleurs utilisées pour former une sorte d’inventaire abstrait des peintures en cours. I&W s’intéressent aux transformations de l’image, à la manière de la transposer d’un médium et d’un contexte donnés dans d’autres et aux traces et effets de ce transfert.
Leur peinture incendiaire met le feu aux codes et classifications. En effet, pas de distinction des genres, abstraction, figuration, op’art, peinture en 3D, aquarelle, huile, gravure, impression, tout passe au rouleau-compresseur de la peinture. Au-delà de la grande habileté technique et de la virtuosité picturale, il ne s'agit pas de reproduire mécaniquement des images mais de toujours interroger le visible et sa représentation. Surdoués de la peinture, Ida Tursic & Wilfried Mille jouent de la peinture et elle joue avec eux dans un renouvellement permanent.